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Le Congo et le rêve Protestant de Bokeleale

Bokeleale ou l'homme qui rêvait de bâtir un édifice, une chose est certes, les deux personnages sont indéfiniment indissociables. Jean Bokeleale a dirigé l'Eglise Protestante au Congo de 1968 à 1998. C'est pendant son ère que le protestantisme connaîtra son essor au Congo grâce notamment à ses multiples interventions dans divers domaines de la vie et aussi grâce à sa ténacité.


Bokeleale ou l'homme qui rêvait de bâtir un édifice, une chose est certes, les deux personnages sont indéfiniment indissociables. Lorsqu'il succéda au Révérend Docteur Shaumba à la tête du Conseil Protestant au Congo (CPC) en 1968 et qui, par la suite, adoptera l'appellation d'Eglise du Christ au Zaïre (ECZ), soit à en 1973, et qu'il va servir comme Président National jusqu'en 1996, L'ECZ de l'époque, aujourd'hui devenue ECC (Eglise du Christ au Congo) ne disposait en son temps que d'une maison à quatre-pièces qui lui servait de siège national à Leopold-Ville (aujourd'hui Kinshasa). Une maison qui, comme le témoigne plus d'une personne, ne ressemblait rien qu'à une presqu'île ne faisant que l'ombre d'elle-même. Cinq ans après la prise de fonction de Jean Bokeleale, nous sommes en 1978, alors que l'ECZ célèbre le premier centenaire Protestant au Zaïre, l'Eglise possède un bâtiment R+4 dans le quartier bourgeois de la Gombe qui sera fièrement inauguré par le Marechal Mobutu. C'est avec ces mots qu'il faut introduire la marche grandiose que connaîtra l'ECZ d'hier, et l'ECC d'aujourd'hui, sous le leadership transformationnel de Jean Bokeleale, et c'est aussi de cette manière que le Comité d'Organisation du premier Centenaire Protestant choisit de conclure son manifeste de 1978 plébiscitant les différents projets du développement de l'ECC initiés par le Rév. Dr Bokeleale. Pour les Protestants de l'époque, cette course à la montre signalait déjà qu'une étoile hors du commun s'élevait peu-à-peu sur l'ECZ, dans un monde où le slogan a longuement pris la forme : plus vite et plus loin. Selon Lukusa Mbuyamba, aujourd'hui âgé de 88 ans ou même plus, et qui garde encore en mémoire ce beau vieux temps endormi, les Protestants de l'époque, contraint d'évoluer en clandestinité, disaient avoir reçu de Dieu, le Très-Haut, une grande étoile, et ils le disait avec beaucoup d'allégresse, se rappel-t-il. Autre qualificatif attaché à Jean Bokeleale, se souvient-t-il, c'est l'expression "Un fils nous est donné" empruntée du livre d'Ésaïe, verset 9,6. Pas surprenant que cette expression aussi utilisée par les mages pour circonscrire la venue de Jesus-Christ ait été employée pour circonscrire, plus de 1000 ans après, les oeuvres de la foi du Rév. Dr Bokeleale à l'ECZ, aujourd'hui ECC. Mais alors, n'est-ce pas notre Sauveur Jésus-Christ le Grand Charpentier ? Celui qui donne la forme aux choses informe et qui appel à l'existence des choses inexistantes ? Car Dieu dit : "créons l'homme à notre image", le bâtisseur de l'Eglise du Christ au Congo n'était point different.


D'une presqu'île de quatre pièces, disais-je, construite sur les marécages, au moment où la grande étoile qu'il incarnait s'apprêtait à s'extirper de l'ECC, en 1998, Jean Bokeleale dotera les protestants d'un patrimoine tout fait en plein cœur de la République du Zaïre. Hormis la Faculté Protestante de Théologie au Zaïre, qui incarnait déjà à l'époque le symbole de la fierté protestante, et qui deviendra Université Protestante au Congo en 1970, le Patrimoine que Jean Bokeleale lègue à l'ECC en 1998 au moment où il s'apprête à se retirer des affaires reprends également des écoles, des Instituts, des oeuvres médicales (à l'exemple de SANRU), des micro-finances, des œuvres agricoles, et tant d'autres. En somme, Bokeleale laissera aux protestants de quoi être fier entant que des partisans de la Reforme de 1517. Une chose est certaine, la nature humaine a beau lire des belles formes et des architectures somptueuses mais elle ne pense jamais au premier plan aux énormes sacrifices qui ont concouru à l'œuvre. Le chemin parcouru par Jean Bokeleale n'était pas que parsemé des roses. Dans la marche du protestantisme, l'histoire nous renseigne que rien n'avait pu être obtenu sans la lutte et une affaire d'hommes. Jean Bokeleale, aussi noté parmi les trois pères du Christianisme au Congo (au côté de Kimbangu et de Malula), avait une parfaite compréhension de la notion du "protestant progressiste". Il faut noter que du Congo-Belge au Congo post-colonial, les protestants avaient été non seulement marginalisé mais aussi ils avaient été privé des placements favorisant le développement holistique de l'homme. Toutes les Missions protestantes qui parvenaient à pénétrer au Congo étaient expressément envoyées aux confins du pays dans des sentiers arides. Coupées de toute communication avec Kinshasa (le centre des affaires), ces Missions éprouvaient des énormes difficultés pour acquérir des documents officiels d'établissement et ainsi, elles étaient privées de toute assistance ou subvention venant de l'Etat accordée aux Missions d'évangélisation. Jean Bokeleale, c'est aussi ce protestant qui a connu de son jeune-âge l'injustice dont étaient soumis les protestants dans le temps. Une injustice qu'il avait lui-même dénoncé à plusieurs reprises dans ses très célèbres lettres pastorales. Finalement pour les protestants, ça sera à travers cette lampe-témoin de Bokeleale que les premiers congolais à avoir adhéré à cette foi sortiront de l'ombre pour s'affirmer pleinement comme protestants. Grâce à sa bonne gouvernance au sommet de l'Eglise marquée par des multiples œuvres de la foi, les fidèles avaient pris du goût pour l'identité protestante et pouvaient s'affirmer publiquement, sans complexe, et sans la peur de faire l'objet de représailles. Avant l'avènement de l'ère Bokeleale, les protestants qui parvenaient à occuper une quelconque position dans l'administration de l'époque non seulement qu'ils étaient forcés par la nature de renier leur appartenance protestante mais aussi que certains acceptaient le jumelage pour se maintenir. Bokeleale avait compris que du néant rien ne devient jamais. Pour bien asseoir la foi protestante au Congo, inspirer des masses, et habiliter les fidèles à concourir à son expansion, il fallait, avant et surtout, doter cette Eglise d'un édifice de taille. C'est cet engagement qui lui vaudra le distinctif de Grand Maître Bâtisseur. Aujourd'hui 2017, plus de treize ans après sa disparition, son étoile continue d'inspirer des générations dans la grande masse protestante, et ce, même si sa pensée philosophique et sociale n'a pas fait l'objet de vulgarisation par les tenants de l'Eglise après son passage. Pour beaucoup de protestants, laïcs comme pasteurs, Bokeleale est longtemps resté leur unique point de jonction. Beaucoup se souviennent encore de lui comme le dernier rempart vers lequel le regard des protestants se tournait en temps de grands enjeux. Un homme doté d'une sagesse légendaire et qui avait une forte capacité d'appréhension. C'est ainsi que nombreux se souviennent de cet homme dont la voix a raisonné très haut dans l'histoire du Congo. Jean Bokeleale est aussi remémoré pour avoir fait de l'Unification Protestante son premier article de foi mais aussi le dernier article de son crédo. Les Communautés membres de l'ECC (63 à l'époque) durant le règne de Bokeleale avaient dans l'homme un interlocuteur avisé capable de s'affirmer n'importe quand et n'importe où. Doit-on parler de Bokeleale comme étant un effet générationnel ? Dans mes enseignements sur le leadership, j'ai toujours souligné que le bon leader, c'est celui qui construit le pont et qui laisse des hommes ordinaires marcher dessus. Lorsqu'en 1998, Jean Bokeleale se retire pacifiquement de l'ECC, les laïcs protestants, toujours aussi nostalgiques, s'inquiétaient vivement de savoir combien de temps cela mettra pour qu'une étoile similaire s'élève sur l'ECC dans le futur. Quoi que les uns s'affirmaient convaincu que l'école de Bokeleale produira des prototypes similaires, d'autres par contre concluaient qu'un homme avec une telle vertu et une quelconque énergie était simplement impossible à reconstruire. Lequel des deux camps a gagné sur cette question ? L'avenir est resté très incertain pour les protestants, et même au moment où je rédige le parcours de cet homme en 2017, l'avenir demeure toujours incertain. Mais avant d'aller plus loin, résolvons une fois pour toutes ce que mes analyses qualifient de paradoxe : Comment cette Eglise Protestante marginalisée pour ses prises de positions ait été capable de se doter d'un patrimoine humain et physique aussi important dans le Zaïre de Mobutu ? La réponse à cette question se trouve étroitement lier à l'enthousiasme et à la determination que l'homme de Bokeleale avait pu susciter dans la grande masse laborieuse protestante et aussi qu'il a incarné un sens très élevé de l'éthique protestante. Si à Jean Calvin et Martin Luther il a fallu 500 ans pour réaliser la reforme, à Bokeleale, grâce à une vision progressiste et une gestion crédible, il a suffit moins de 30 ans pour ouvrir toutes les portes à la foi protestante au Congo. Beaucoup de manuels protestants nous renseigne qu'une telle percée n'a pas été perceptible dans l'ensemble du mouvement protestant.


Décédé en 2004, Bokeleale sera non seulement une référence pour la foi Protestante au Congo mais aussi une icône planétaire et l'un de symboles de la résistance protestante. A la Cathédrale du Centenaire Protestant où son corps repose à jamais, un calme a envahi son cimetière. Avant de rédiger cet article, j'étais allé rendre visite à Bokeleale dans son dernier demeure, mais je dois vous avouer que j'ai eu difficile à retrouver son carré spécial quoi qu'il soit effectivement enterré à ce même endroit. Le problème, c'est que devant une croix en grande partie fondue, décimée par les pluies, et un caveau envahie par la poussière, on ne saura jamais reconnaître l'homme noble qui s'y repose, de quoi tirer la sonnette d'alarme dans cet article. C'est pendant le leadership de cet homme que l'Eglise du Christ au Congo (ECC) va connaître son essor. L'ECC avait mis en marche beaucoup d'initiatives de développement dans divers domaines socio-économique. La participation de l'Eglise dans les secteurs de l'éducation et de la santé, du développement social et de la micro-finance, et ainsi que dans les affaires (pêche industrielle, imprimerie, etc) était renforcée. Pour tout ses bienfaits, ses peines et ses joies, l'affection des protestants vis-à-vis de Jean Bokeleale est restée inchangée au fil des années. Cela fait que, même si l'ECC a levé physiquement le deuil du Grand Maître Bâtisseur, elle n'a pas du moins encore réussie, et elle ne réussira peut-être plus, à lever ce deuil dans les cœurs des millions de protestants toujours aussi nostalgique de Bokeleale.
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L'auteur : Richie Lontulungu
27 ans, Kinshasa (Congo).
Publié le 19 novembre 2017
Modifié le 18 novembre 2017
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