
Cela faisait un bail que l'on n'avait pas entendu ce chanteur aux accents de titi-rockeur parisien.
Il nous avait laissés avec l'album "À la belle de Mai" (1994) et un disque de reprises des chansons de Georges Brassens, "Renaud chante Brassens" (1996). Puis avaient suivi deux compilations : "The Meilleur of Renaud 75-85" (1995) et "The Meilleur of Renaud 85-95" (1995). Ses fans, déroutés, criaient au scandale : leur idole anticonformiste s'était-elle laissée prendre au jeu du marketing ? Vraiment, cela ne ressemblait pas à Renaud, cet anar qui avait explosé à la fin des années 70 pour devenir l'emblème de la jeunesse désabusée des années 80.
Renaud, icône de la génération "no future"
Renaud arrivait à point nommé dans cette époque qui criait "no future". Avec des chansons qui n'épargnaient personne : les bourgeois, les militants de tous poils, les policiers et militaires, et même lui-même. Car Renaud sait aussi se tourner en dérision, et c'est pour cela que l'on ne peut lui en vouloir de cracher sur tout ce qui bouge. On connaît tous les personnages atypiques de ses chansons : Manu, Gérard Lambert, La Pépette… et les habitants de son "HLM".
Le comeback de Renaud après des années de galère
Après bien des déboires, Renaud commence à voir le bout du tunnel. Mais ses années de galère l'ont un peu assagi : comme il l'explique lui-même, il a toujours la même rage, mais la maturité fait que celle-ci est plus réfléchie qu'à ses débuts :
« Je ne sais pas si c'est à cause de l'âge ou d'une certaine forme de désillusion et de lassitude, mais même si j'ai toujours la Rage, j'ai moins envie qu'autrefois de crier mes colères ! Parce que ça me semble un peu dérisoire et futile. »
"Boucan d'enfer" : l'album du renouveau
Dans son album "Boucan d'enfer", Renaud a décidé de s'ouvrir à une nouvelle vie. Pour célébrer cette renaissance, il nous livre son disque le plus personnel. Quatorze titres sans fard directement inspirés de sa descente aux enfers : "Mal barrés", "Tout arrêter" ; ou des cauchemars servis par l'actualité comme "Manhattan-Kaboul" (en duo avec Axelle Red), "Corsic'armes", "P'tit PD" où il évoque la vie d'un jeune homo en province qui rêverait de s'installer à Paris pour fuir la haine homophobe ; et bien sûr "Docteur Renaud, Mister Renard", clin d'œil à Gainsbar/Gainsbourg qui témoigne de la lutte entre les deux facettes de sa personnalité.
Renaud est un chanteur populaire, dans la lignée des plus grands : Brassens, Brel, Gainsbourg... Souhaitons-lui la "Bien(re)venue", il nous aura manqué.