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Les Néréïdes (inspiration Yourcenar)

Je suis l'impératrice du pays des rêves. Venez lire mon histoire...


Dans ces soirées chaudes, où l'on n'arrive pas à trouver le sommeil, nous avions l'habitude de nous promener. Nous ne cachions pas notre nudité et nos corps envoûtants, couleur de lait, dansaient dans le soleil couchant. Nous chantions une douce mélopée qui, pour quiconque l'entendait, était perçue entre le bruit de la brise dans les branches de cerisiers en fleurs et celui des vagues mourants sur le sable dans un dernier cri. Les dieux, ceux qui nous avaient créés par souci de la perfection, nous avaient aussi honorés d'une intelligence et d'une clairvoyance si pures qu'aucune autre n'était plus prononcée. Quant à moi, je suis la reine des pays du rêve, celui que vous parcourez la nuit lorsque quelque chose vous préoccupe. C'est bien moi et les miennes qui envoient ces rêves aux humains et ils nous craignent nous appelant Néréïdes. Ils s'imaginent pouvoir nous ignorer, nous oublier dans nos mondes fantasques et superficiels pour eux. Et c'est pourquoi nous nous vengeons, moi reine du pays du rêve parce que j'ai aimé un mortel autrefois et qu'il est mort par leur faute et elles car elles n'oseraient me désobéir pour que je les bannisse du pays du rêve. C'est alors qu'un de ces soirs, le vent se mit à nous chanter l'arrivée d'un homme dans les herbes de la prairie. Les Néréïdes naissent avec la rosée du matin mais j'ai une fille, née de ce mortel que j'aimais et de mes entrailles, plus belle que toutes les autres, plus belle que le jour qui naît, plus belle que le jour qui meurt. Elle ressemblait en fait à la lune, grande, douce et sage. Je ne vis pas cette lueur dans ses yeux lorsque le vent annonça cet homme. Je ne fis qu'écouter mon orgueil et mon cœur plein de haine pour cette race. Cet homme que l'on nommait Panégyotis chez les humains était aimé de ma fille et je ne le savais pas. Quand il nous vit, nues sous ce clair de lune, il ne prit pas peur comme l'auraient fait les autres car son âme était pure de tout préjugé, mais dansât avec nous, jouant avec les ombres des arbres comme les barreaux d'une prison tout autour de nous. Nos pieds délicats foulaient l'herbe qui devenait bleue sous cette étreinte avec le rêve et nous dégagions une lumière que seul nous et lui pouvions voir. Nous devînmes invisibles aux yeux des mortels et des Dieux et pourtant nous étions présents en ce monde. Nous ne percevons pas le monde comme les humains simples qui peuplent ce monde. Elles, moi et l'homme aux yeux brûlants de passions pour nos jeux immoraux commencèrent à tourner encore et toujours allant de plus en plus vite jusqu'à ce que nous n'ayons plus qu'un souffle, plus qu'un esprit. Nous ne faisions alors plus qu'un. Les elfes dansaient alors autour de nous. Nous nous allongeâmes alors dans l'herbe fine de la clairière à côté du jeune homme, il plaisantait avec nous et nous rions à celles-ci. Il riait à cœur ouvert, montrant ainsi ses dents blanches brillantes au clair de lune. C'est alors que je regrettais d'avoir jeté cette malédiction sur lui dès l'instant où le mistral l'avait annoncé car il n'était pas comme les autres mais pas comme nous non plus. Était-ce un dieu ? Peut-être le dieu suprême prenant la vie d'un humain pour acquérir un plaisir qu'il garderait ou un enfant des rêves empereur de mon pays. C'est alors que je fus effrayée car ce sort que je jetais pouvait m'être mortel. Il caressait de ses mains calleuses nos corps, effleurant de ses lèvres notre peau plus douce que la soie, glissant ses doigts dans nos cheveux d'or. Ce mortel nous parlait aussi de son monde en n'omettant aucun détail. Il nous décrivait les désirs d'argent de ses contemporains, des guerres engagée pour de simples principes, de la folie des humains... Nous qui croyons que les humains se plaisaient dans leurs monde comme nous nous plaisions dans le nôtre. Je ralentis le temps réel et se passa deux ans qui ne durèrent que deux jours. Ma fille et ses compagnes montraient la marche de la vie dans notre monde et la mort qui n'était pas présente, l'homme s'émerveillait à chaque fois devant les paysages de solitude envoûtantes et devant nos trois lunes de taille et de couleur différente. L'une s'appelait "pensée" car on se référait à elle quand nous ne savions comment nous défaire d'un problème c'était la plus belle au mois de la troisième décade du soleil (celui de notre monde) au déclin du ciel des trois feux. Chaque soir, chaque nuit, il dormait parmi nos corps dénudés. Quelquefois, je les recouvrais d'un voile blanc pour ne pas qu'ils aient froid.
Pendant ces deux ans je vivais à l'écart de leurs rires et de leurs plaisirs multiples. Pour se nourrir, l'humain laissait couler du miel sur le ventre de ma fille et le parcourait de ses lèvres, il prenait du plaisir à sentir la chaleur de leurs corps de déesse qui n'en était pourtant pas. A l'aube, il chantait doucement à l'oreilles des êtres nus qui se réveillaient le sourire aux lèvres et une nouvelle envie de plaisir encore et toujours. Ce Panégyotis se faisait passer pour un dieu en leurs procurant du plaisir et en laissant couler ses rêves sur leurs corps que le soleil peut-être engendrait. Il montait sur un cheval ailé dans les plaines de nuages et elles voletaient grâce à leurs ailes qu'elles imaginaient autour du blanc destrier. Elles se roulaient aussi dans le sable des dunes jusqu'à la mer où les vagues les engloutissaient dans un fracas de joie et les emmenait dans les bas fond d'un océan sans cesse renouvelé par leur imagination. Car l'empire du rêve a une particularité, celle de donner l'existence à toutes choses imaginées. C'est ainsi que notre monde et que notre temps est infini pour celui qui sait s'y perdre.
Parfois, n'ayant pas envie de bouger, ils s'allongeaient dans un tapis de pétales de roses de couleurs multiples et s'endormaient jusqu'à la nuit où elles créaient des cercles autour d'arbres et de rochers créant ainsi pour le lendemain des montagnes infranchissables mais qu'elles franchissaient pourtant le lendemain grâce à leur imagination qui repoussait sans cesse les limites de ce monde enchanteur.
J'entendis le cri du monde réel appeler Panégyotis et lui, trop heureux pour l'entendre, continuait à se perdre dans les bras des féminines immortelles. Je fit cesser cette étreinte en sachant que jamais plus il ne pourrait parler. Je pris tout de même peine à le condamner ainsi mais ma jalousie pour le pouvoir d'attraction qu'il exerçait sur mes sœurs, mes filles, mes sujettes, me reprit et je le renvoyais chez lui, dans son monde qu'il détesterait après avoir connu le nôtre.
Il se réveillât alors dans une nuit sans lune dans la clairière même où il nous avait aperçues dansant encerclées par nos rêves. Les gens qui le recherchaient depuis deux jours le trouvèrent ainsi blotti entre deux racines. Quand il se réveilla le lendemain, il ne savait exprimer que quelques mots, se servant de ceux-ci pour nous décrire dans notre plus belle nudité. Les Néréïdes n'éprouvèrent plus de bonheur et ne souriaient plus après son départ, je dois avouer que moi non plus car cet humain spécial au lieu de se faire envoûter nous avaient envoûtées en même temps. Autant que nous ne pouvions nous passer de lui. Des larmes de sang ne cessaient de s'écouler de nos yeux. Combien de fois ma fille ne voulût pas mourir ? Son désespoir était aujourd'hui qu'elle fût immortelle. Elle ne cessait de me réclamer sa liberté pour le retrouver en son monde. Je ne pouvais faire ça car je l'aimais trop. L'amour est sacré ici, nous nous soutenons et nous n'avons pas la même conception de l'amour.
Nous prîmes la forme d'humaines américaines pour le revoir. Nous nous cachions dans la vielle cabane d'un pécheur mort pour nous avoir vues. Nous descendîmes alors, à trois en la forme humaine, mais nous étions toutes en elles. Panégyotis avait vieilli malgré son âge peu avancé, ses yeux étaient vides devant les paysages désolés de ce bas monde qu'il comparait sans cesse aux paysages du monde du rêve. Il nous reconnût mais comprit qu'il ne fallait pas réagir devant ces vils humains... Alors ma fille laissât glisser un de ces cheveux dans la paume de l'homme que nous aimions lui donnant ainsi la promesse qu'à sa mort il nous rejoindrait à force de patience. Nous lui donnâmes rendez-vous tous les soirs dans la clairière des arbres désormais immortels où, pour la première fois il nous avait vues dans notre plus parfaite nudité.
Après sa mort il nous rejoint effectivement dans ce monde qui fût le sien à jamais. Il réapparut tel qu'il était dans sa jeunesse, fier et beau ayant recouvert l'usage de la parole.
Il ne l'utilisait que très peu car il préférait perdre son plaisir sur les corps de courbes délicates des Néréïdes.
Si un jour vous voyez un cercle de pins sur une colline aux fin fond d'une île grecque asseyez-vous au centre et fermez les yeux...

Lou, impératrice du pays du rêve.
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Re: Les Néréïdes (inspiration Yourcenar)
Posté par mc gregor le 20/08/2004 07:51:39
Belle ècriture,Bonne vision....
Re: Les Néréïdes (inspiration Yourcenar)
Posté par godesslou le 20/08/2004 07:51:39
désolée... :) je le ferais la prochaine fois
Re: Les Néréïdes (inspiration Yourcenar)
Posté par lechoupinet le 20/08/2004 07:51:39
je vous en prie
aèrer vos textes :-/
la mise en page ne donne vraiment pas envie de lire le contenu
Re: Les Néréïdes (inspiration Yourcenar)
Posté par miguelito bueno le 20/08/2004 07:51:39
Un homme sensiblement parfait au service des Néréïdes, voici un bien curieux, mais enviable, destin.

Lou, impératrice des rêves, mérite ce titre, tout au moins tant qu'une prétendante plus audacieuse ne le lui aura pas disputé.

Il est rare que l'on s'intéresse à de si mythologiques visions. Les songes n'éclairent pas nos vies, comme il est si bien dit, mais ils les embellissent et c'est déjà beaucoup.

Félicitations , Lou...
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Publié le 16 mai 2003
Modifié le 16 mai 2003
Lu 2 799 fois

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