
J'ai décidé d'expliquer ces trois raisons dans un certain ordre. Je dirais que la première est la plus débile, la deuxième la plus ambiguë, et la troisième est sans aucun doute la plus grave.

Feux de croisement le jour : une mesure absurde
Le débat est lancé ! Entre ceux qui disent que c'est utile (mais qui n'ont pas d'arguments valables pour le démontrer) et ceux qui affirment que ça ne sert à rien (en avançant cette fois des raisons très logiques), mon choix est fait.
Il faut savoir que dans les départements où les tests ont été réalisés (notamment dans les Landes), la mortalité a baissé sur la route... Oui, comme dans toute la France. Le gouvernement a tenté d'expliquer que cette baisse était due à l'allumage des phares en plein jour, mais le peuple français n'est pas dupe.
Dans les pays étrangers où l'allumage des phares est obligatoire, la lumière du jour n'est effective que de 10h à 16h, et les voitures sont équipées d'un dispositif qui ne permet d'allumer que les phares, en laissant les éclaireurs de plaque et le tableau de bord éteints. Ce n'est pas le cas chez nous, donc bonjour la consommation d'énergie supplémentaire.
De plus, dans ces mêmes pays, c'est un fait : la mortalité a baissé lorsque ces lois ont été mises en vigueur. Seulement, les gens, ayant gagné en confiance, se sont mis à rouler moins concentrés, persuadés de pouvoir évaluer parfaitement les distances grâce aux phares des autres automobilistes. Résultat : les accidents (mortels ou non) ont augmenté, dépassant même leur nombre initial à moyen terme. Cette mesure fut donc inutile.
La vraie raison derrière cette mesure
Grâce aux contrôles de vitesse de plus en plus sévères en 2003 et 2004 (ce dont je suis globalement pour), les voitures, étant obligées de rouler moins vite, ont consommé 1 % de carburant en moins. Imaginez la perte économique pour l'État à l'échelle nationale (surtout vu le prix du litre...). En allumant les phares, une voiture consomme 2 % d'énergie (donc de carburant) de plus que s'ils étaient éteints. L'État récupère donc son pourcentage perdu en 2003 et se crée une marge d'un pour cent supplémentaire.
Une publicité contre-productive
Les campagnes publicitaires n'ont pas changé grand-chose dans l'esprit des Français. On pouvait entendre récemment un argument à mourir de rire : « Allumer ses phares en plein jour permet de mieux voir et d'être mieux vu ». D'être mieux vu, pourquoi pas, c'est la principale raison qui pourrait éventuellement être valable. Mais pour ce qui est de mieux voir, j'ai beau faire le test avec mon véhicule personnel : en plein jour, je ne vois absolument pas de différence lorsque j'allume mes feux de croisement... Ou comment la publicité fait malgré elle passer le gouvernement pour des charlots !
Je pense qu'il serait plus important de s'occuper des gens qui roulent avec leurs feux anti-brouillard constamment allumés, et qui représentent une réelle gêne pour les autres conducteurs.

Radars automatiques : une politique de la vitesse contestée
C'est indéniable, les contrôles des forces de l'ordre ont fait baisser le nombre d'accidents. Malheureusement, cela a été fait n'importe comment, et n'a pas toujours été très bien perçu par nous, Français.
Je ne parle pas des contrôles routiers traditionnels, qui ont toujours existé. Il s'agit en effet des fameux radars automatiques, qui ont fleuri comme des marguerites dans un champ au printemps.
Il s'en est créé beaucoup trop en peu de temps, et les automobilistes ont cru (parfois à juste titre) qu'ils n'étaient là que pour « ramasser du pognon ». Maintenant que nous avons tous pris l'habitude de les voir, force est de constater qu'ils sont utiles, notamment aux abords des grandes villes. Mais, messieurs du gouvernement, ne serait-ce pas une bonne idée d'augmenter leur marge d'erreur ? Même si les tarifs des amendes ont été modérés pour les petits excès de vitesse, il est toujours rageant de se faire « flasher » pour un moment d'inattention, et de ne pas avoir d'interlocuteur direct pour tenter de s'expliquer.
Sans compter qu'il faut maintenant surveiller constamment son compteur, et le court laps de temps où l'on baisse la tête suffit parfois à provoquer un accrochage car nos yeux étaient ailleurs que sur la route !
Limitations sur autoroute : quelle vitesse idéale ?
Pour ce qui est de la limitation sur autoroute, des études ont démontré que la vitesse idéale serait de 160 km/h, allure qui permettrait de rester parfaitement concentré. Je ne me prononcerai pas là-dessus, l'Autriche envisage d'autoriser cela, donc : affaire à suivre...
Autre chose : dans une émission de télévision quotidienne qui a disparu il n'y a pas si longtemps, le présentateur nous disait : « En roulant à 150 km/h au lieu de 130 km/h, vous ne gagnez que 6 minutes en une heure ». Imaginez les réactions : entre ceux qui vont se dire « OK, je vais rouler à 160 ou 170 pour gagner encore plus de temps », ou les autres, qui doivent faire le trajet Lille-Marseille, et qui déduiront par un rapide calcul qu'ils vont gagner 1h de route (non négligeable) pour seulement 20 km/h de plus que la limitation. C'est une belle preuve de maladresse de la part du rédacteur de cette émission !

Alcool au volant : quand la publicité envoie un mauvais message
Finissons maintenant avec la plus grande cause de mortalité sur nos routes : l'alcool. Sur ce point, aucune excuse : c'est inadmissible de conduire en ayant bu.
Mais, comme pour le fait d'allumer ses phares en plein jour, c'est encore une fois la publicité qui fait passer un message erroné au peuple.
Oui, je parle de ce fameux spot où l'on voit quatre jeunes filles, qui, j'espère, ne sont pas représentatives de la population féminine de cet âge, attendre désespérément un coup de fil pour savoir laquelle va ramener les autres. La première dont le portable sonne a perdu, c'est le jeu. Et lorsque enfin sonne le téléphone de l'une d'elles, c'est l'explosion de joie chez les trois autres. La « malheureuse » ne pourra pas boire d'alcool, et sera en état de ramener les autres à la fin de la soirée. Jusque-là, tout va bien...
Mais les auteurs de cette publicité auraient-ils oublié que l'alcool, comme le tabac, est dangereux pour la santé ? L'explosion de joie des trois « chanceuses » sous-entend : « Chouette, on va pouvoir se bourrer la gueule ! » Le message caché de cette pub est donc : une fête sans alcool est une fête ratée...
C'est marrant, il y a quelques années, je me souviens d'un slogan pour une boisson apéritif non-alcoolisée qui disait : « Sans alcool, la fête est plus folle ». Les mentalités ont donc évolué à ce point ?
Conclusion sur les échecs de communication de la Prévention Routière
La Prévention Routière avait de bonnes intentions de départ, dommage que celles-ci soient gâchées par une mauvaise communication.