
Résumé du livre de Hans Peter Richter
En Allemagne, avant la guerre, deux enfants sont inséparables. L'un d'eux s'appelle Frédéric et il est juif. Mais lorsqu'Hitler prend le pouvoir en 1933, il décide que les Juifs n'ont pas le droit de vivre : on les insulte, on les chasse, et bientôt Frédéric est renvoyé de l'école. C'est alors que débute pour lui une nouvelle vie très sombre et dure...
Extrait du roman
— Jeunesse Hitlérienne, je suis chargé de vous parler des Juifs, vous en connaissez tous ; mais vous savez peu de choses sur eux, il en sera autrement dans une heure, vous connaîtrez le danger qu'ils représentent pour nous et pour notre peuple.
Frédéric était assis un peu penché en avant, sur le banc à côté de moi, son regard était suspendu à l'orateur, la bouche entrouverte, il buvait chaque mot. Le bossu parut le sentir, on eût dit que son discours ne s'adressait qu'à Frédéric. Mais ses paroles s'imprimaient en nous tous, il s'entendait à faire vivre ce qu'il dépeignait.
—... Armé d'un grand couteau long comme mon bras, le prêtre juif s'approche de la vache, il lève lentement le couteau du sacrifice, l'animal se sent menacé de mort, il meugle, cherche à se dégager, mais le Juif ne connaît pas de pitié. Avec la rapidité de l'éclair, il plonge le couteau dans le cou, le sang jaillit, tout est souillé, la bête se démène furieusement, ses yeux sont révulsés d'angoisse... Le Juif impitoyable n'abrège pas les souffrances de l'animal sanglant, il s'en repaît, il lui faut du sang, il est là, il regarde l'animal peu à peu exsangue périr misérablement... Voilà ce qu'on appelle un sacrifice... Ainsi le veut le Dieu des Juifs.
Frédéric se penchait tant que je craignais de le voir tomber du banc. Livide, il respirait avec difficulté, les mains crispées sur les genoux.
Le bossu parla d'enfants chrétiens égorgés, de crimes perpétrés par les Juifs, de guerres ! Je frissonnais en l'écoutant. L'orateur termina ainsi :
— Je veux vous mettre dans le crâne une phrase, une seule et unique phrase que je répéterai sans fin, à satiété : « Notre malheur, ce sont les Juifs », et encore : « Notre malheur, ce sont les Juifs », et toujours : « Notre malheur, ce sont les Juifs ».
Épuisé, en sueur, l'avorton se tut, debout sur sa caisse d'oranges.
Le silence régnait, puis le bossu pointa le doigt en direction de Frédéric.
— Répétez la phrase !
Comme Frédéric ne bougeait pas, il se fit plus impérieux :
— Répétez la phrase !
La voix de l'orateur lui manqua, il sauta de la caisse et vint, le doigt tendu, vers Frédéric, qui avalait sa salive. Le bossu était juste devant lui, les yeux comme fous ; il saisit Frédéric par son foulard, fit remonter tout doucement l'anneau de cuir et dit d'une voix sifflante :
— Répétez la phrase...
Frédéric murmura :
— Notre malheur, ce sont les Juifs.
Le bossu arracha d'un coup Frédéric à son banc.
— Lève-toi quand je te parle, lui cria-t-il en plein visage, et fais-moi le plaisir de répondre à haute voix.
Frédéric se dressa ; il était tout livide, mais dit d'une voix nette :
— Votre malheur, ce sont les Juifs.
Le silence était total. Puis d'un seul coup, Frédéric tourna les talons, si vite que l'anneau de cuir resta dans la main du bossu. Personne ne l'empêcha de quitter le local. Moi, j'étais resté assis.
L'auteur : Hans Peter Richter
Hans Peter Richter est né à Cologne en 1925, la même année que les deux enfants dont il raconte l'histoire. Si Mon ami Frédéric est un roman, on sent que les souvenirs de l'auteur lui donnent de la chaleur et de la vérité.
Hans Peter Richter est psychosociologue et s'occupe d'organisation du travail. Il a écrit de nombreux romans et travaille pour la télévision, notamment pour des émissions scolaires. Il a publié, sous le titre Les jeunes lecteurs choisissent, une étude sur la littérature pour la jeunesse.
Mon avis sur le livre
Mon ami Frédéric est triste, surtout vers la fin, et l'on découvre énormément de choses, tout au long du récit, sur les Juifs et la vie dure qu'ils ont pu mener. L'histoire est racontée par le jeune ami de Frédéric, qui lui n'est pas juif, mais simplement le voisin de palier de Frédéric. Ils deviendront amis.
Dans ce livre, on a l'impression de vivre à la place du héros et de ressentir ce que lui-même ressent.