
Oh bien sûr, chers moutons, vous allez à nouveau m'accuser de plagiat. En effet, j'ai repris il y a quelques temps, pour des besoins urgents, le célèbre titre d'Émile Zola, « J'accuse ». Et bien sachez que le titre de cet article n'est aussi qu'une modification d'un titre original de Jim Morrison, « Ode à L.A., en songeant à feu Brian Jones », texte qui fut publié sous forme de plaquette lors des derniers concerts des Doors.
Alors, chers enfants de l'inconnu, quel est le sujet d'aujourd'hui ? Quel chemin vont prendre les dangereuses dérivations de l'écervelé que je suis ? Dites-moi, à quoi vous attendez-vous, chers martyrs ? Je vous en prie, répondez… Répondez, ou je vais me sentir obligé de parler de la fin.
Qu'est-ce que la fin ?
Mais qu'est-ce que cette fin ? La mort ? Ou tout simplement ce qui succède au développement ? Mais quel développement ? Le développement de vos vies ? De votre esprit ? Savez-vous que vous êtes vivants ?
Savez-vous que vous avez été mis au monde ? Peut-être pas, ou peut-être trop. Mais interprétons cette fin comme la mort, puisqu'elle est après tout notre lot commun… « La mort qui vient à une heure étrange, sans être annoncée, sans être escomptée, comme un invité effrayant et trop amical que l'on aurait pris dans son lit », a écrit le Roi Lézard. Alors, dites-moi, chers amis, pourquoi allez-vous prendre d'une main fébrile votre plume vengeresse et me balancer à la gueule des odes à la vie, au bonheur, en dénonçant une fois de plus un écrit pessimiste et morbide ? Mais si, justement, penser à la mort n'était pas l'antithèse du morbide ? N'est-ce pas vous, les lâches, tellement obsédés par la fin qu'inconsciemment, vous vous réfugiez dans une bulle utopiste et merveilleuse ?
Plaisir, souffrance et existence
Attention, je ne dis pas que le plaisir n'existe pas. Il est peut-être notre seule raison de vivre. Lorsque le plaisir ou la souffrance viennent, vous avez l'impression d'exister. Est-ce qu'exister n'est pas finalement notre but à tous ? Je parle bien sûr d'un but conscient : l'humour, l'amour, l'amitié, la beauté sous toutes ses formes. Bien sûr que vous, optimistes, vous allez vous insurger contre tant de noirceur, mais je ne me considère pas comme pessimiste et morbide, pas du tout.
La différence entre mort et ignorance
Savez-vous qu'il y a une différence entre la mort et l'ignorance ? Écoutez-moi, jeunes et vieux : si on part du principe bassement philosophique que l'homme restera à jamais ignorant durant sa vie, mais qu'à contrario, les instants qui précéderont sa fin seront marqués par une lucidité étonnante, alors l'homme s'endort éternellement accompagné d'un savoir durement acquis.
L'héritage de Jim Morrison
Mais, me direz-vous, pourquoi avoir inclus Jim Morrison dans mon titre ? Tout simplement parce qu'il fut, par ses textes, l'un des rares à vouloir vous faire ouvrir les « portes de la perception ». Morrison a vécu une vie de libertin, accompagné des femmes et des drogues. Il a mené sa « vie » dans le désert, prenant toute la beauté qu'il voyait au passage et la cueillant comme on cueille le fruit défendu. « Chevauchez le serpent », disait-il…
Perception et retour aux origines
Et si notre existence n'était rythmée que par ce voyage de péchés, cette recherche de l'interdit ? Et si la fin n'était que séjourner à vie dans le jardin d'Éden ? Est-ce que la fin, sans être une solution, n'est pas notre expiation à tous, notre but secret ? Alors, pas de morbide, pas de suicide : attendons sagement la fin, et chevauchons le serpent. Simplement, toute dispute sera vaine puisque notre pensée s'arrêtera elle aussi… Dans un monde où toute origine est une notion ancestrale, où les visions n'ont pas de nom, où chaque fait est naturel…
Et si la perception était tout simplement le fait de ne rien voir ? Et si la lucidité, c'était de revenir à nos origines primales ? Posez-vous la question, enfants de l'inconnu. Posez-vous les bonnes questions.