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Pin-up

Dottie devient la pin-up Poison Ivy pour remonter le moral des troupes. Une critique incisive du mythe américain et de la consommation.

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Dottie Partington : de fiancée à pin-up durant la Seconde Guerre mondiale

Après l'attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, les États-Unis entrent en guerre. Joe, le fiancé de Dottie Partington, s'engage comme G.I. américain pour affronter les Japonais. Sa patrouille est décimée et Joe se retrouve seul sur un atoll, tandis que Dottie se morfond en attendant son retour.

Son amie Tallulah lui trouve un emploi au Yoyo's Club. Là, Dottie rencontre Milton, un dessinateur contacté par l'armée pour créer une bande dessinée patriotique destinée à remonter le moral des troupes. Dottie est embauchée comme modèle pour les bombardiers des aviateurs fréquentant le club. Milton en fait sa nouvelle héroïne glamour : Poison Ivy. Le personnage est immédiatement propulsé au rang d'icône.

Joe, récupéré par l'armée, découvre Poison Ivy dans les journaux. Ne reconnaissant pas sa fiancée dans cette pin-up de papier, il devient fou de ce personnage fictif. Il rompt avec Dottie par une lettre et un colis macabres.

Le destin tragique de Poison Ivy après la guerre

Brisée, Dottie refuse de continuer ce rôle et décide de soutenir l'effort de guerre en travaillant dans l'industrie d'armement. Tallulah prend sa place en devenant Texas Lady, mais c'est de courte durée. L'armée convainc Dottie de redevenir Poison Ivy. Désespérée, elle sombre dans l'alcoolisme.

Lors d'une tournée sur le front, Dottie prend conscience de son statut de star de papier. Elle passe une nuit avec Joe, qui a gagné un concours. Mais celui-ci ignore toujours que Poison Ivy et Dottie ne font qu'une.

Avec la fin de la guerre, les strips de Poison Ivy cessent de paraître. Dottie pose désormais pour les photographies d'Irving Klaw, qui lui trouve un nouveau nom : Betty Page. Les ennuis persistent : un pilote dont le bombardier portait la silhouette de Dottie, rescapé d'un accident mais brûlé, se met à tuer tous les anciens modèles du Yoyo's Club. Dottie échappe de justesse à sa vengeance et retrouve Joe démobilisé, mais rendu aveugle par une blessure de guerre.

Pin-up : une critique documentée du mythe américain

Contexte historique et personnages inspirés de figures réelles

Yann et Berthet plongent le lecteur en pleine société américaine durant la guerre du Pacifique. Le dessinateur Berthet affirme l'ancrage historique de Pin-up : « Il y a toutes sortes de cautions historiques, points de repères qui ancrent l'histoire dans son contexte américain. On pourrait presque appeler la série : Une histoire de l'Amérique. » (Dossier BoDoï, n°31)

Plusieurs personnages rappellent des figures réelles. Milton Caniff, dessinateur véritable, a réalisé à partir de 1942 des strips destinés à réconforter l'armée américaine. Son véritable modèle s'appelait Dorothy Partington. Caniff n'appela pas son personnage Poison Ivy, mais Miss Lace. Bien que Yann et Berthet se soient inspirés de ce dessinateur, les strips de Pin-up sont complètement inventés. Les auteurs n'ont pas cherché à imiter Male Call, l'œuvre de Caniff. Leurs nouveaux strips sont d'ailleurs beaucoup plus incisifs.

Betty Page, le deuxième personnage joué par Dottie, est la pin-up de référence depuis les années 1950.

Déconstruction des valeurs américaines et critique de la consommation

Avec cette série, Berthet et Yann revisitent le mythe américain, qui en sort quelque peu dégradé. Aucun des personnages masculins, faisant référence aux héros hollywoodiens, n'est épargné. Le patriotisme sans faille des petits soldats est épinglé par le scénario. L'imaginaire de la consommation de masse, véhiculé par les États-Unis, est également repris.

Un motif revient sans cesse : l'allumette sur laquelle est dessinée une pin-up. Cette idée est venue à Yann après avoir découvert que dans les années 1940 aux États-Unis, les pochettes d'allumettes servaient de publicité avec des figures de pin-up dessinées sur le bois. « En soi, c'était un argument suffisant pour une série. Mais j'ai transposé cela dans Pin-up pour en faire un véritable fil rouge. L'idée de griller les icônes des petites nanas par la tête était fabuleuse, le symbole de l'amoureux transi puis grillé dans la première trilogie s'imposait également de lui-même aussi bien matériellement que métaphoriquement. » (Idem)

La consommation est symbolisée par les objets parcourant toute la série et définissant Poison Ivy : la cigarette, le rouge-à-lèvres et les bas-nylon. Le scénario de Yann critique donc, de manière bien documentée et construite, le décalage entre l'image elle-même (le dessin d'une jolie femme) et son utilisation (reproduite sur un bombardier américain B-17 apportant destruction).

L'identité fragmentée de Dottie : femme objet et voyeurisme

Dottie ne maîtrise plus le décalage entre son identité de femme américaine anonyme et son statut de star du papier. Elle se confond de plus en plus avec Poison Ivy. Un écart existe pourtant entre le destin du personnage réel Dottie, qui ne reçoit pas de retour à son amour pour Joe, et celui du personnage qu'elle joue, Poison Ivy, qui suscite les passions déchaînées de tous les hommes.

Bien que Dottie haïsse son rôle, sa seule façon de survivre est de le jouer toujours plus intensément. La mise en scène de la femme objet introduit le thème du voyeurisme, qui a de multiples ramifications dans cette œuvre. Comble du paradoxe, à la fin du troisième tome, Joe, qui n'a cessé de reluquer la pin-up de papier, n'est même plus capable de voir qu'il couche avec celle-ci, à cause de sa cécité.

L'art sublime du dessin de Berthet

Le trait de Berthet est purement et simplement sublime. Son dessin magnifie des femmes déjà superbes avec une élégance remarquable. Cette réédition du premier cycle inclut un cahier supplémentaire avec 12 strips inédits de Poison Ivy.

Série : Pin-up (Édition intégrale : Cycle 1)
Auteurs : Scénario de Yann et dessin de Berthet
Éditeur : Dargaud

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lorna
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