Mémorial enneigé à Kiev, Ukraine, le 24 février 2026, avec des portraits encadrés, des roses rouges et bleu-jaune et de nombreux petits drapeaux ukrainiens, au quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle.
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L'Ukraine se souvient de ses morts alors que la guerre entame sa cinquième année

Alors que la guerre en Ukraine cinquième année commence, Kyiv commémore ses morts tandis qu'une génération sacrifiée s'adapte à un conflit devenu quotidien.

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Quatre ans après le début de l'invasion russe, l'Ukraine a commémoré ses morts le 24 février 2026 à Kyiv et dans plusieurs capitales européennes. Derrière les cérémonies, une génération qui avait entre 11 et 19 ans en 2022 a appris à faire de la guerre son horizon quotidien, pendant que l'opinion française, elle, s'en éloigne progressivement.

Mémorial enneigé à Kiev, Ukraine, le 24 février 2026, avec des portraits encadrés, des roses rouges et bleu-jaune et de nombreux petits drapeaux ukrainiens, au quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle.
Mémorial enneigé à Kiev, Ukraine, le 24 février 2026, avec des portraits encadrés, des roses rouges et bleu-jaune et de nombreux petits drapeaux ukrainiens, au quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle. — (source)

Au Maidan, une minute de silence pour quatre ans de guerre

À 10 heures précises, mardi 24 février, une minute de silence a été observée à Kyiv. La place Maidan, symbole des révolutions ukrainiennes, était couverte de drapeaux en mémoire des morts. Un office s'est tenu à la cathédrale Sainte-Sophie en présence de Volodymyr Zelensky, de la première dame Olena Zelenska et de plusieurs dirigeants européens, dont la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre suédois Ulf Kristersson. La journée s'est poursuivie à Boutcha, ville de la banlieue de Kyiv devenue symbole des exactions russes au printemps 2022, où des fleurs ont été déposées sur les tombes des soldats.

Deux soldats en uniforme sombre et calot portant une couronne de fleurs aux rubans bleu et jaune lors d'une cérémonie commémorative, avec un soldat en camouflage en arrière-plan près du Mur du Souvenir à Kyiv.
Deux soldats en uniforme sombre et calot portant une couronne de fleurs aux rubans bleu et jaune lors d'une cérémonie commémorative, avec un soldat en camouflage en arrière-plan près du Mur du Souvenir à Kyiv. — President Of Ukraine from Україна / CC0 / (source)

Dans son discours, le président ukrainien a assuré que son pays avait défendu son indépendance et que Vladimir Poutine n'avait « pas gagné cette guerre » ni « brisé les Ukrainiens ». Une déclaration qui intervient dans un contexte diplomatique tendu : Kiev presse ses alliés européens de fixer un calendrier pour l'adhésion à l'Union européenne, alors que les États-Unis de Donald Trump adoptent une position plus ambiguë sur le soutien à l'Ukraine.

Des rassemblements de soutien ont également eu lieu dans plusieurs villes européennes, notamment à Paris, Londres, Zurich, Belgrade et Varsovie. En France, ces mobilisations restent modestes, loin des foules des premiers mois de la guerre, un signe parmi d'autres de la lassitude occidentale face à un conflit qui s'installe dans la durée — un phénomène déjà documenté ailleurs dans notre suivi de la guerre à 1506 jours.

Place enneigée à Kiev avec des centaines de drapeaux ukrainiens et des portraits encadrés de soldats tombés ou de victimes, disposés au sol lors d'une journée de commémoration.
Place enneigée à Kiev avec des centaines de drapeaux ukrainiens et des portraits encadrés de soldats tombés ou de victimes, disposés au sol lors d'une journée de commémoration. — (source)

« Le simple fait de vivre constitue une forme de résistance »

Pour les jeunes Ukrainiens, cette cinquième année n'est pas un anniversaire comme les autres : c'est le moment où la guerre devient leur horizon normal. Taras Fedorenko, 25 ans, photographe-vidéaste à Kyiv, résume ce basculement dans un reportage du Monde : « Le simple fait de vivre constitue une forme de résistance, et remettre les choses à demain semble dangereusement présomptueux. » Autour de lui, ses amis créent des communautés, des festivals, des expositions, écrivent des chansons, font des films. « Presque tous les événements culturels » portent désormais la marque de la guerre, raconte-t-il.

Cette génération a grandi plus vite que les autres. Le média ukrainien Tyzhden.fr, qui a enquêté sur les jeunes du pays, rapporte que la guerre les a fait grandir « beaucoup plus vite que leurs camarades du même âge » et que le patriotisme est devenu une « pratique quotidienne » plutôt qu'un sentiment abstrait. Les chiffres donnent la mesure de cet engagement : depuis 2014, 80 membres du Plast, l'organisation scoute ukrainienne, sont morts au front. Le nombre d'organisations publiques en Ukraine est passé de 96 543 en février 2022 à près de 105 000 fin 2024, signe d'une société civile qui se structure face à l'épreuve.

À la veille du quatrième anniversaire, quatre jeunes Ukrainiens de 18 à 28 ans — Oleksandr, Sofiia, Bohdan et Angelina — ont raconté à France 24 comment ils imaginent l'avenir. « Tout a changé dans les premiers jours de la guerre », témoigne Angelina. Tous vivent en Ukraine et décrivent une vie réorganisée autour des alertes aériennes, des coupures d'électricité et de l'absence d'êtres chers partis au front. Pourtant, ils continuent de se projeter : études, carrières, projets culturels. La guerre n'a pas aboli l'avenir, elle l'a conditionné.

Cinq ans de guerre en chiffres : 11 millions de déplacés, 500 milliards pour reconstruire

Le poids humain du conflit reste difficile à chiffrer précisément — aucun bilan officiel complet des morts militaires et civiles n'est disponible. En revanche, les données sur les déplacements de population sont plus solides. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), près de 11 millions d'Ukrainiens ont été contraints de fuir leur foyer depuis février 2022. Parmi eux, environ 5,6 millions vivaient en réfugiés à l'étranger en janvier 2026, selon le Centre pour la stratégie économique, un think tank ukrainien.

À ces déplacements s'ajoute l'ampleur de la reconstruction. Son coût est estimé à environ 500 milliards d'euros, soit près de trois fois le produit intérieur brut de l'Ukraine. Un chiffre qui donne la mesure des arbitrages à venir pour les alliés de Kiev : financer la reconstruction d'un pays en guerre, accueillir ses réfugiés et maintenir une aide militaire dont l'opinion publique européenne se lasse. Le conflit est devenu permanent, et avec lui, la question de la soutenabilité de l'effort occidental.

En France, une inquiétude qui recule et un engagement « sous conditions »

Cette lassitude se mesure dans les sondages. Selon une enquête Ipsos publiée en novembre 2025, 73 % des Français se disent préoccupés par la guerre en Ukraine, en baisse de 7 points en un an. Les inquiétudes concernant ses répercussions en France restent élevées (77 %), mais les opinions sur la réponse à apporter se durcissent : 70 % des Français sont opposés à l'envoi de troupes françaises en Ukraine, et seulement 16 % souhaitent augmenter l'aide à l'Ukraine — ils étaient 23 % en mars 2024. À l'inverse, 33 % veulent la voir baisser.

Le contraste est particulièrement net chez les jeunes. Une enquête qualitative de la Fondation Jean-Jaurès, menée de décembre 2025 à janvier 2026 auprès de 13 Français de 18 à 24 ans, décrit une génération qui s'engage « sous conditions » face au risque de guerre. D'un côté, 57 % des 18-24 ans jugent probable qu'un conflit militaire touche la France dans les cinq prochaines années — une perception aiguë de la menace. De l'autre, cet engagement reste conditionnel : le même sondage Ipsos montre que seuls 43 % des 18-24 ans se disent favorables à un service militaire volontaire, contre 62 % de l'ensemble de la population.

Ce décalage n'est pas nouveau. Dès 2022, une enquête France Culture-Arte auprès des 25-39 ans français montrait que 76 % d'entre eux jugeaient la guerre « grave » mais estimaient qu'elle ne changeait pas leur vie ; seuls 50 % approuvaient alors l'envoi d'armes à l'Ukraine. Quatre ans plus tard, la perception s'est déplacée : la guerre n'est plus un événement lointain mais une possibilité concrète, sans que cela se traduise par une volonté d'engagement.

Pendant ce temps, à Kyiv, une génération qui a appris à vivre avec les sirènes continue de créer, d'étudier et de se projeter. Pour elle, la question n'est pas de savoir si la guerre changera sa vie — elle l'a déjà changée — mais comment la vivre sans y laisser son avenir.

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Questions fréquentes

Combien d'Ukrainiens ont fui leur foyer depuis 2022 ?

Près de 11 millions d'Ukrainiens ont été contraints de fuir leur foyer depuis février 2022, selon le HCR. Environ 5,6 millions d'entre eux vivaient en réfugiés à l'étranger en janvier 2026.

Quel est le coût estimé de la reconstruction de l'Ukraine ?

Le coût de la reconstruction de l'Ukraine est estimé à environ 500 milliards d'euros, soit près de trois fois le produit intérieur brut du pays. Ce chiffre soulève des questions sur la soutenabilité de l'effort financier des alliés.

Les Français soutiennent-ils l'envoi de troupes en Ukraine ?

Selon une enquête Ipsos de novembre 2025, 70 % des Français sont opposés à l'envoi de troupes françaises en Ukraine. Seuls 16 % souhaitent augmenter l'aide à l'Ukraine, contre 33 % qui veulent la voir baisser.

Comment les jeunes Ukrainiens vivent-ils la guerre ?

Les jeunes Ukrainiens décrivent une vie réorganisée autour des alertes aériennes, des coupures d'électricité et de l'absence d'êtres chers partis au front. Pour eux, la guerre est devenue un horizon quotidien, mais ils continuent de créer, d'étudier et de se projeter dans l'avenir.

Quelle cérémonie a marqué le 4e anniversaire de la guerre en Ukraine ?

Une minute de silence a été observée à Kyiv sur la place Maidan, suivie d'un office à la cathédrale Sainte-Sophie en présence de Volodymyr Zelensky et de plusieurs dirigeants européens. Des fleurs ont aussi été déposées sur les tombes des soldats à Boutcha.

Sources

  1. Mur en mémoire de ceux qui sont morts pour l'Ukraine — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  2. bbc.com · bbc.com
  3. euronews.com · euronews.com
  4. france24.com · france24.com
  5. ipsos.com · ipsos.com
geo-decoder
Théo Aubot @geo-decoder

Passionné de géopolitique depuis le lycée, je dévore les cartes, les atlas et les analyses internationales. Étudiant en relations internationales à Lyon, je rêve de comprendre pourquoi le monde tourne comme il tourne. Je collectionne les vieux numéros de revues géopolitiques.

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