Le 20 janvier 2026, personne ne s'attendait à voir Emmanuel Macron devenir la coqueluche de TikTok. Pourtant, son « For sure » prononcé avec un accent bien français lors du forum de Davos a déclenché une onde de choc numérique. French Fuse, musicien aux 8,5 millions d'abonnés, a transformé cette séquence en un morceau swing qui cumule des centaines de milliers de likes. Depuis, les remix se multiplient et même le président s'amuse de la situation. Mais comment une simple expression a-t-elle pu devenir le son le plus repris du moment ?
Les origines du phénomène : de Davos à TikTok

Le 20 janvier 2026, Emmanuel Macron prend la parole au forum économique de Davos. Il défend sa vision de l'autonomie stratégique européenne, mais ce qui retient l'attention des internautes n'a rien à voir avec la géopolitique. Coiffé de lunettes d'aviateur, le président ponctue son discours d'un « For sure » appuyé, à l'accent résolument français.
Le déclencheur : un accent et des lunettes
La formule sort du lot pour plusieurs raisons. D'abord, le contraste entre le sérieux du propos et la prononciation très hexagonale crée un décalage immédiat. Ensuite, les lunettes « Top Gun » ajoutent une dimension visuelle qui se prête parfaitement au détournement. Selon une analyse du Monde, « rien ne fédère plus qu'un président français qui parle mal anglais » — les internautes y voient un reflet de leur propre rapport à la langue de Shakespeare.
La séquence originale dure à peine quelques secondes. Mais sur TikTok, c'est tout ce qu'il faut pour lancer une tendance. Dès le week-end du 24 janvier, les premiers montages apparaissent. Le « For sure » devient une ponctuation humoristique : on l'utilise pour commenter une chute à ski, un raté du quotidien, une situation absurde.
La mécanique virale en accéléré
Ce qui aurait pu rester une blague de niche explose grâce à la puissance des algorithmes. Sur TikTok, le son est repris dans des milliers de vidéos. Les utilisateurs synchronisent leurs propres images sur l'extrait audio. Le bouche-à-oreille numérique fait le reste.
En quelques jours, le phénomène dépasse les frontières françaises. Le Premier ministre britannique Keir Starmer participe lui-même à la trend : lors d'un événement public dans un théâtre londonien, il enfile des lunettes d'aviateur et prononce un « for sure » sous les rires de l'assistance. Même le gouvernement allemand s'y met, produisant une vidéo reprenant l'expression pour promouvoir le projet européen.
French Fuse : l'artisan du son qui a tout déclenché
Derrière ce buzz, un nom revient sans cesse : French Fuse. Jerry Manoukian, de son vrai nom, est un musicien français qui a fait de la transformation de sons du quotidien sa marque de fabrique. Depuis 2016, il crée des morceaux à partir de bruits, de paroles, de séquences trouvées sur internet.
Un parcours entre jazz et pop culture
Jerry Manoukian n'est pas un amateur. Formé au Conservatoire, il a été pianiste au Ballet National de Marseille avant de rencontrer Benjamin Lasbleis en 2008 dans une école de jazz. Ensemble, ils fondent French Fuse en 2016. Le duo participe à « La France a un incroyable talent » en 2017, mais c'est sur les réseaux sociaux qu'il trouve son public.
Depuis juillet 2024, Jerry poursuit l'aventure en solo. Son terrain de jeu favori : les extraits audio qui traînent sur le web. Il a déjà remixé des chansons Disney, des jingles publicitaires, et même les discours de Macron pendant le Covid. Chaque vidéo suit le même principe : détourner un son familier pour en faire un morceau original, avec le piano comme fil conducteur.
La recette du remix « For sure »
Quand Jerry entend le « For sure » de Davos, il ne le perçoit pas comme une simple phrase. « J'ai immédiatement entendu une boucle possible dans ma tête », confie-t-il à franceinfo. Il construit alors un morceau autour de l'extrait, ajoutant des notes de piano électronique et de mélodica — un harmonica à clavier.
Le résultat : une version swing du « For sure », à la fois dansante et légèrement absurde. La vidéo, postée sur ses comptes, récolte environ 500 000 likes en quelques jours. Le succès est immédiat, et il ouvre la voie à une vague de remix concurrents.
Une compétition de remix entre artistes français
French Fuse n'est pas le seul à avoir flairé le filon. La scène électronique francophone s'est emparée de l'expression avec une énergie débordante. Chaque producteur y va de sa version, transformant le « For sure » en concours de créativité.
DJ Bens, Trinix et Welox : les poids lourds
DJ Bens, compagnon de route de Gims, a remixé le tube « Let's go » de David Guetta en y intégrant le « For sure » présidentiel. Dans une vidéo partagée le 25 janvier, on le voit en club, devant ses fans. « À tout moment je fais venir Emmanuel Macron en invité à mon Zénith de Paris », plaisante-t-il. La publication cumule plus de 6,1 millions de vues.
Le groupe Trinix, fort de plus de 2 millions d'abonnés, propose une version électro. Le clip les montre assis sur un canapé, devant une télévision diffusant le forum de Davos, avec des lunettes de soleil rappelant celles portées par Macron pour cacher un problème bénin à son œil droit.
Welox, lui, a opté pour un remix eurodance qui sent bon les années 1990. Son morceau, intitulé simplement « For Sure (Macron Remix) », frôle la nostalgie des dancefloors de l'époque.
Bilal Hassani et les autres : la diversité des styles
Bilal Hassani, représentant français à l'Eurovision 2019, n'a pas résisté à la tentation. Micro en main, lunettes de soleil sur le nez, il s'est filmé dans son salon sur un remix façon disco. La vidéo, postée sur ses réseaux, ajoute une touche glamour à la trend.
D'autres créateurs ont suivi : Clara Azina cumule 3 millions de vues sur TikTok avec sa version. Gazz propose une interprétation techno. Même le compte officiel « French Response », piloté depuis le Quai d'Orsay, a ironisé sur l'expression en répondant « Fo shur » à un tweet de l'ambassadeur américain critiquant le fonctionnement de l'Europe.
La réaction d'Emmanuel Macron : amusement et mise en garde
Emmanuel Macron n'est pas resté silencieux face à ce buzz. Invité par Brut à réagir, il a pris le phénomène avec un certain détachement. « De manière très sympa et très détendue », assure-t-il, avant d'évoquer « le caractère un peu insolite » de la séquence.
Un président qui s'amuse (un peu)
Le chef de l'État reconnaît que ces dynamiques lui échappent largement. « Ça peut être sympathique, ça peut être plus dur, mais c'est pas vous qui décidez de ça », explique-t-il, rappelant que la viralité est un processus imprévisible. Il trouve la trend « sympa », sans pour autant en faire une obsession.
Cette réaction contraste avec l'image habituellement contrôlée de la communication présidentielle. Accepter de devenir un mème sans perdre sa crédibilité ? Pour l'instant, Macron semble naviguer entre amusement et mise à distance.
Un discours plus grave sur les réseaux sociaux
Derrière la légèreté apparente, le président en profite pour glisser un message plus sérieux. Il dénonce l'impact des réseaux sociaux sur les plus jeunes. « On a laissé dans la main des enfants les téléphones, les réseaux sociaux, à tous les âges », regrette-t-il.
Macron réaffirme son soutien à l'interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans. « Ce n'est pas une opportunité, ce n'est pas une question de liberté, c'est une question de santé mentale, affective et cognitive », martèle-t-il. Il compare les algorithmes à des rédacteurs en chef invisibles, capables de pousser des contenus violents ou polarisants.
Si le « For sure » reste une blague inoffensive, le président voit dans ce type de phénomène un symptôme plus large. Les mêmes mécanismes qui propulsent son expression au sommet des tendances peuvent aussi diffuser de la haine ou de la désinformation.
Le « Hey ! Hey ! » du Kenya : un nouveau remix en préparation
Le buzz aurait pu s'éteindre aussi vite qu'il était apparu. Mais le 11 mai 2026, une nouvelle séquence relance la machine. Lors du sommet Africa Forward à Nairobi, Emmanuel Macron monte sur scène, agacé par le brouhaha ambiant.
La scène qui fait polémique
Macron, assis au premier rang, se lève soudainement. Il prend le micro, s'excuse auprès des intervenants, puis lance quelques « Hey ! Hey ! » pour attirer l'attention. « C'est un manque total de respect », déclare-t-il, avant de menacer d'expulser les perturbateurs.
La séquence est filmée, postée, et devient immédiatement virale. Mais cette fois, les réactions sont plus mitigées. Certains y voient une attitude paternaliste et condescendante. L'ancienne députée zimbabwéenne Fadzayi Mahere critique vivement l'intervention. Le politicien kenyan Willis Evans Otieno lui emboîte le pas.
French Fuse remet ça
Malgré la polémique, French Fuse y voit une nouvelle opportunité musicale. « J'ai immédiatement entendu une boucle possible dans ma tête », répète-t-il, appliquant la même méthode que pour « For sure ». Il construit un morceau autour des « Hey ! Hey ! », avec une ambiance qui évoque le gospel.
Les vidéos cumulent des centaines de milliers de vues en quelques heures. Le « Hey ! Hey ! » deviendra-t-il le nouveau « For sure » ? Rien n'est moins sûr, mais la mécanique est identique : un extrait sonore, un musicien créatif, et des algorithmes prêts à tout amplifier.
Pourquoi ces remix captivent-ils autant ?
Au-delà de l'anecdote, le phénomène « For sure » dit quelque chose de notre époque. Pourquoi un simple mot prononcé par un président peut-il déclencher une telle vague créative ?
Le plaisir du détournement politique
Détourner les paroles d'un dirigeant, c'est une façon de se réapproprier un discours qui nous échappe habituellement. Le « For sure » devient une matière première, un objet culturel que l'on peut modeler à sa guise. Il n'y a pas de message politique à faire passer, juste un jeu collectif.
Ce type de mème transcende les clivages. On peut détester ou admirer Macron, cela n'empêche pas de rire de son accent. La trend réunit des publics qui ne se croisent jamais sur les réseaux. C'est peut-être là sa force : créer un instant de communion numérique, sans enjeu ni conséquence.
Un format qui fonctionne toujours
Les remix de paroles politiques ne datent pas d'hier. Mais TikTok a accéléré le processus. Un extrait de quelques secondes peut devenir un son viral en une nuit. Les créateurs comme French Fuse ont compris comment exploiter cette mécanique : repérer une séquence, y ajouter une couche musicale, et laisser les algorithmes faire le reste.
Le succès de ces remix tient aussi à leur simplicité. Pas besoin de comprendre la politique pour apprécier le morceau. Le « For sure » fonctionne comme un mème classique : il est reconnaissable, reproductible, et adaptable à toutes les situations.
Conclusion
Le remix du « For sure » par French Fuse est bien plus qu'une simple blague de TikTok. C'est un cas d'école de la culture numérique contemporaine : un homme politique, une phrase anodine, un musicien créatif, et des millions d'internautes prêts à jouer le jeu. Le président lui-même a reconnu le caractère « insolite » de la situation, tout en alertant sur les dérives des réseaux sociaux.
Avec le « Hey ! Hey ! » du Kenya, French Fuse prouve qu'il a trouvé une formule gagnante. Reste à savoir si cette nouvelle trend durera ou si elle s'éteindra aussi vite qu'elle est apparue. Une chose est sûre : dans l'économie de l'attention, chaque parole publique est désormais un potentiel matériau musical. Et ça, « for sure », personne ne l'avait anticipé.