Nicole Croisille dans ses dernières années, lunettes noires et écharpe.
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Nicole Croisille, la voix d'« Une femme avec toi » : son destin secret

De son « dabadabada » mythique à son combat pour une mort digne, plongez dans le destin secret de Nicole Croisille, artiste totale et femme libre jusqu’au bout.

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Née en 1936 à Neuilly-sur-Seine, Nicole Croisille a traversé huit décennies de vie artistique sans jamais se laisser enfermer dans une case. Danseuse classique formée à l'Opéra de Paris, mime avec Marcel Marceau, meneuse de revue, actrice, chanteuse de jazz et interprète de variété — elle a tout fait, tout exploré, tout vécu. Le grand public retient surtout ses deux tubes planétaires : le « dabadabada » d'Un homme et une femme en 1966 et l'inoxydable Une femme avec toi en 1975. Mais derrière ces mélodies légères se cache un parcours bien plus dense, jalonné de renoncements, de combats et d'une liberté farouche, jusqu'à son dernier souffle.

Nicole Croisille dans ses dernières années, lunettes noires et écharpe.
Nicole Croisille dans ses dernières années, lunettes noires et écharpe. — (source)

Des petits rats de l'Opéra aux caves de Saint-Germain – la fabrique d'une artiste complète

Avant d'être une voix, Nicole Croisille a été un corps. Un corps formé dès l'enfance à la rigueur de la danse classique, puis au silence expressif du mime, avant de vibrer au rythme du jazz dans les clubs enfumés de Chicago. Son destin secret a commencé bien avant les hit-parades.

8 ans à l'Opéra de Paris – les premiers pas contrariés d'une petite danseuse

Nicole Juliette Jacqueline Croisilles naît le 9 octobre 1936 à Neuilly-sur-Seine. Sa mère est pianiste, son père directeur d'agence de tourisme. Très tôt, la petite fille montre des dispositions pour la danse et le chant. À huit ans, elle intègre l'école de danse de l'Opéra de Paris. Elle aurait voulu se présenter au concours des petits rats, mais son père s'y oppose fermement. Il ne veut pas que sa fille devienne une artiste professionnelle.

Nicole Croisille en manteau gris, regard franc.
Nicole Croisille en manteau gris, regard franc. — (source)

Elle obéit, délaisse son rêve de danseuse classique, suit des cours de dactylographie pendant son adolescence. Mais la scène la rattrape. En parallèle, elle suit les classes de la Comédie-Française et intègre le ballet de la compagnie. Le corps ne ment pas : même contrarié, son destin d'artiste s'impose.

Marcel Marceau et Joséphine Baker – deux écoles du geste et du rythme

Dans les années 1950, Nicole Croisille suit les cours de Marcel Marceau. Elle apprend l'art du mime, cette discipline où le silence raconte plus que mille mots. En 1957, elle effectue une première tournée en Amérique du Sud avec lui. L'année suivante, elle participe à la revue de Joséphine Baker. Deux expériences qui forgent sa présence scénique : le geste précis du mime, le rythme endiablé de la revue.

Elle joue aussi dans la comédie musicale L'Apprenti fakir avec Jean Marais, une pièce avant-gardiste qui s'arrête après un mois d'exploitation. En 1960, elle chante et danse au Théâtre des trois Baudets dans un spectacle burlesque de Jean Yanne. Elle est partout à la fois, accumule les expériences, sans jamais se spécialiser.

La révélation du jazz dans les clubs de Chicago

En 1960, elle repart en tournée avec Marcel Marceau, cette fois aux États-Unis. Fascinée par le jazz, elle assiste à des concerts dans des clubs de Chicago. Son anglais est bon, elle ose monter sur scène et accompagner des musiciens au chant. C'est une révélation : sa voix, formée au classique et au music-hall, trouve une nouvelle liberté dans le swing et l'improvisation.

Nicole Croisille en costume de scène théâtral, chapeau à plumes et gants longs.
Nicole Croisille en costume de scène théâtral, chapeau à plumes et gants longs. — (source)

De retour en France, elle chante en amateur dans les caves de Saint-Germain-des-Prés. Le quartier bouillonne de jazz, de poésie et de liberté. Nicole Croisille y puise une énergie qui la suivra toute sa carrière.

1966, le « dabadabada » qui scelle son destin – muse de Claude Lelouch

La rencontre avec Claude Lelouch change tout. En 1966, le réalisateur cherche une voix pour le thème de son film Un homme et une femme. Nicole Croisille, alors inconnue du grand public, est choisie. Le duo avec Pierre Barouh devient un phénomène planétaire.

Comment le duo avec Pierre Barouh a créé le « dabadabada »

Francis Lai compose la musique. Le thème est simple, entêtant, presque enfantin. Nicole Croisille et Pierre Barouh l'enregistrent en duo. Sa voix claire et chaude, posée sur les « dabadabada » répétés, donne au morceau une douceur inoubliable. Le titre est souvent appelé « chabadabada » par le public, une onomatopée devenue mythique.

Nicole Croisille en portrait, écharpe orange et regard perçant.
Nicole Croisille en portrait, écharpe orange et regard perçant. — (source)

Un tube planétaire et une Palme d'or – l'onde de choc de 1966

Un homme et une femme remporte la Palme d'or au Festival de Cannes. La bande originale devient le premier album français à dépasser le million de ventes en France. Le film et sa musique traversent les frontières. Nicole Croisille, du jour au lendemain, est connue dans le monde entier. Mais elle refuse de se laisser enfermer dans ce seul succès.

« Elle a été la voix de ma vie » – les adieux de Claude Lelouch

Claude Lelouch n'a jamais oublié celle qu'il considère comme sa muse. Après sa mort, il déclare : « Sa voix, si singulière, a été le souffle de mes films, la musique de mes émotions. Ensemble, nous avons créé des instants d'éternité. » Il la qualifie de « muse, une amie, une complice » et ajoute : « Elle a été la voix de ma vie. » Une complicité qui a duré des décennies, ponctuée de collaborations sur d'autres films comme Vivre pour vivre, Les uns et les autres ou Itinéraire d'un enfant gâté.

« Une femme avec toi » – les dessous du tube de 1975

Neuf ans après le triomphe collectif du « dabadabada », Nicole Croisille signe son plus grand succès solo. Une femme avec toi sort en 1975 et devient un hymne à l'amour libre et épanoui. Mais l'histoire de cette chanson cache des origines italiennes et des artisans de l'ombre.

« Il momento giusto » – l'histoire secrète de l'adaptation italienne

Nicole Croisille, la voix intemporelle derrière « Une femme avec toi ».
Nicole Croisille, la voix intemporelle derrière « Une femme avec toi ». — (source)

Peu de gens le savent : Une femme avec toi est l'adaptation française d'une chanson italienne intitulée Il momento giusto. Composée par Alfredo Ferrari sur des paroles de Vito Pallavicini, elle est d'abord interprétée par Mia Martini, une grande voix de la variété transalpine. Le travail d'adaptation pour le public français est confié à Pierre Delanoë, l'un des plus grands paroliers de l'époque.

Pierre Delanoë et Michel Berger – les artisans discrets du succès

Pierre Delanoë n'est pas un inconnu : il a écrit Comme d'habitude, le tube que Frank Sinatra reprendra sous le titre My Way. Pour Une femme avec toi, il signe des paroles qui célèbrent l'amour sans naïveté, avec une pointe d'humour et de tendresse. La musique est attribuée à Michel Berger, alors au sommet de son art. Le mariage entre le texte de Delanoë et la mélodie de Berger donne une chanson intemporelle.

Paroles d'une femme libre – pourquoi ce titre parle encore aux 18-25 ans

« Gai comme un Italien, tu es gai comme un Italien » — la chanson décrit un homme qui rend la vie légère, qui aime, qui danse, qui vit. Nicole Croisille y incarne une femme qui s'épanouit dans le couple sans perdre son indépendance. C'est cette image de femme libre et forte qui a séduit des générations. Sur les réseaux sociaux, le titre continue d'être partagé, samplé, redécouvert. Il parle aux jeunes d'aujourd'hui parce qu'il raconte un amour sans chaînes.

De la variété au jazz, de Nougaro à la bossa nova – une insatiable créatrice

Nicole Croisille n'a jamais été une artiste à un seul tube. Derrière Une femme avec toi se cache une discographie riche et variée, qui traverse les genres et les époques.

Les tubes oubliés des années 70 – « Parlez-moi de lui », « Téléphone-moi », « La Garonne »

Les années 1970 sont fertiles pour Nicole Croisille. En 1973, Parlez-moi de lui devient un succès. En 1975, la même année que Une femme avec toi, elle sort Téléphone-moi, un titre nerveux et moderne. En 1978, La Garonne confirme sa place dans le paysage musical français. Elle enchaîne aussi J'ai besoin de toi, j'ai besoin de lui (1976) et Mon arc-en-ciel (1976). Les archives de l'Ina montrent une artiste qui domine les hit-parades, chante les thèmes des films de Lelouch et passe à la télévision avec une aisance rare.

Nicole Croisille, portrait récent avec une écharpe rouge à fleurs.
Nicole Croisille, portrait récent avec une écharpe rouge à fleurs. — (source)

L'album « Jazzille » et la collaboration avec Didier Lockwood

En 1987, Nicole Croisille revient à sa première passion : le jazz. Elle enregistre Jazzille, un album où elle s'entoure de pointures : Didier Lockwood au violon, Manu Dibango au saxophone, Steve Grossman au saxophone ténor. Le disque prouve sa légitimité dans un milieu exigeant. Sa voix, qui a fait ses armes dans les clubs de Chicago vingt-sept ans plus tôt, trouve ici un écrin à sa mesure.

« Nougaro, le jazz et moi » et « Bossa d'hiver » – créative jusqu'au bout

En 2006, elle rend hommage à Claude Nougaro avec le spectacle Nougaro, le jazz et moi. Deux ans plus tard, elle surprend encore avec Bossa d'hiver, un album de bossa nova qui montre sa capacité à se renouveler. En 2012, elle donne un concert à l'Alhambra à Paris, salué par une standing ovation. Elle publie aussi ses mémoires, Je n'ai pas vu passer le temps, aux éditions du Cherche-Midi. Jusqu'au bout, elle reste curieuse, insatiable, créative.

« La dignité n'a pas d'âge » – le combat ultime pour une mort choisie

Le destin secret de Nicole Croisille ne s'arrête pas à sa carrière. Ses derniers mois ont été marqués par un choix radical, qu'elle a assumé avec la même liberté qui a guidé toute sa vie.

Une interview testament – les confessions au magazine ELLE

Avant sa mort, Nicole Croisille accorde une dernière interview au magazine ELLE. Elle impose une condition : l'article ne sera publié qu'après son décès. Elle y révèle avoir choisi l'euthanasie en Belgique pour mettre fin aux souffrances causées par un cancer du foie incurable. Sa phrase est cinglante : « Je n'attends que ça. C'est moi seule qui décide, je suis libre. »

Elle est finalement décédée le 4 juin 2025 dans une clinique parisienne, après une hospitalisation d'urgence. C'était le jour prévu pour son « grand départ » en Belgique.

Cancer du foie – pourquoi l'euthanasie en Belgique plutôt qu'en France ?

Le cadre législatif belge autorise l'euthanasie sous conditions strictes depuis 2002. En France, la loi Claeys-Leonetti de 2016 permet une sédation profonde et continue jusqu'au décès, mais pas l'euthanasie active. Nicole Croisille a donc dû se tourner vers la Belgique pour exercer son choix. Elle dénonce l'absence d'alternative légale en France : « On n'a rien d'autre à me proposer que de crever à petit feu. » Son combat pose une question économique et humaine : combien coûtent des mois de soins palliatifs contre une mort choisie et accompagnée ? Au-delà des chiffres, c'est la notion de compassion qui est en jeu.

Nicole Croisille en portrait studio, chemise blanche et rouge à lèvres.
Nicole Croisille en portrait studio, chemise blanche et rouge à lèvres. — (source)

« La société n'en a rien à foutre des vieux qui meurent » – un cri politique posthume

Ses dernières déclarations résonnent comme un manifeste. « Si j'ai un message à faire passer, un mot qui me tient à cœur, c'est celui-ci : la compassion. La dignité n'a pas d'âge. Elle ne disparaît pas parce qu'on est pauvre, différent ou qu'on est vieux. » Elle ajoute, sans filtre : « La société, telle qu'elle est aujourd'hui, n'en a rien à foutre des vieux qui meurent. » Un cri qui dépasse le simple témoignage personnel et s'inscrit dans le débat sur la fin de vie.

Conclusion – une artiste totale qui mérite bien plus qu'une case nostalgie

Nicole Croisille laisse un héritage contrasté. D'un côté, la légèreté du « dabadabada » et la romance d'Une femme avec toi. De l'autre, la rigueur de la danseuse, l'exigence de la jazzwoman, la détermination radicale de la femme qui choisit sa mort. C'est cette épaisseur qui la rend fascinante pour les 18-25 ans d'aujourd'hui. Sa voix ne raconte pas seulement l'amour en 1975 : elle raconte la vie, tout entière, jusqu'au dernier souffle. Allez écouter Jazzille, Bossa d'hiver ou ses duos avec Michel Sardou — une artiste totale qui mérite bien plus qu'une case nostalgie.

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Questions fréquentes

Qui a écrit les paroles d'Une femme avec toi ?

Les paroles de la chanson ont été écrites par Pierre Delanoë, célèbre parolier notamment connu pour 'Comme d'habitude'. La musique est quant à elle attribuée à Michel Berger.

Quelle est l'origine italienne d'Une femme avec toi ?

La chanson est l'adaptation française d'un titre italien intitulé 'Il momento giusto', interprété à l'origine par Mia Martini. La version française a été adaptée par Pierre Delanoë.

Pourquoi Nicole Croisille a-t-elle choisi l'euthanasie en Belgique ?

Atteinte d'un cancer du foie incurable, elle a choisi l'euthanasie en Belgique car la loi française n'autorise pas l'euthanasie active, seulement la sédation profonde. Elle dénonçait l'absence d'alternative légale en France.

Quel film a rendu célèbre Nicole Croisille en 1966 ?

Elle est devenue célèbre grâce au film 'Un homme et une femme' de Claude Lelouch, dont elle a interprété le thème musical en duo avec Pierre Barouh. Le film a remporté la Palme d'or à Cannes.

Nicole Croisille a-t-elle fait du jazz ?

Oui, elle a enregistré l'album 'Jazzille' en 1987 avec des musiciens comme Didier Lockwood et Manu Dibango. Elle avait découvert le jazz dans les clubs de Chicago dès 1960.

Sources

  1. bfmtv.com · bfmtv.com
  2. Hommage de Mme Rachida DATI, ministre de la Culture, à Mme Nicole CROISILLE | Ministère de la Culture · culture.gouv.fr
  3. Nicole Croisille — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  4. ina.fr · ina.fr
  5. UNE FEMME AVEC TOI - La Boîte à Chansons · laboiteachansons.org
fresh-sounds
Noémie Garbot @fresh-sounds

Je trouve les artistes avant qu'ils explosent, c'est mon superpouvoir. Étudiante en musicologie à Montpellier, j'écume SoundCloud à 2h du mat' pour dénicher la prochaine pépite. Mon algorithme Spotify est complètement cassé à force de lui faire écouter des trucs obscurs. Je vais à tous les concerts de petites salles, je connais les programmateurs par leur prénom. Quand un artiste que j'ai découvert passe à la radio, je dis « je l'écoutais avant » sans aucune honte.

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