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Les plaies du silence

Comment parler de l'inavouable ?


Tu es là, à attendre dans la pénombre autrefois si paisible de ma chambre, lieu symbolique de mon enfance, de mon innocence, de ton crime.
Tu ne parles pas, tu restes là agenouillé auprès de moi, à attendre, attendre quoi ? Tu te contentes de me regarder, enfermé dans ton silence, emprisonné, assaillit par tes tourments intimes, luttant contre toi même.
Dans tes yeux, tellement de choses : de la peine ? De la colère ? De la honte ? De l'amour ? Du désespoir ?
Autant de questions auxquelles je ne saurai répondre...
Toujours muré dans ton silence, tu reviendras de temps en temps assister à mon repos, spectateur honteux de mon sommeil.


Le temps passe et les choses se compliquent pour aboutir à cette nuit tragique, nuit où tu as osé franchir le pas, où tu n'as pas su résister, où tu as lâché prise.
Nuit où l'espace d'un instant tu a oublié notre famille et ton rôle de père.
Nuit où tu m'a coupé de mon enfance et tout cela en silence !

Tu n'as pas parlé, en y reflechissant tu ne m'a d'ailleurs pas regardé cette nuit là.
Je sentais ton souffle dans mon cou, tes larmes contre mes joues tes mains sur mon corps, corps d'enfant qui n'en est plus tout à fait une, corps que je ne connaissais pas et que tu as possédé le temps d'une nuit.
Je ne me suis pas débattue, je n'ai pas crié, suis-je coupable autant que toi ?
Je me suis laissée faire, non pas parce que j'étais consentante mais parce que je ne savais que faire ! Que faire de toi ? De ton corps lourd sur moi ? De tes Larmes, de tes mains ? Fuir ? Te consoler ?
Moi aussi j'étais murée dans mon silence, pétrifiée par ma peur. Ma peur de toi, de ce qui allait arriver et qui arriva ! ; Tout se passait comme si j'avais été à l'exterieur de cette scène, comme une simple spectatrice, qui ne pouvait agir, comme si mon esprit s'était échappé le temps d'une nuit de mon corps, comme si il s'était enfui pour fuir l'imaginable, pour ne pas souffrir.
Qu'aurais-tu fait si j'avais osé te dire non ? Et-ce que tu m'aurais détesté ?
Je ne t'ai pas repoussé peut-être parce que j'avais peur tout simplement de perdre ton amour.
Et ce silence pesant, déroutant, entrecoupé par tes soupirs. Ce silence que tu a rompu en prononçant cette phrase.
Cette phrase qui m'a fait bien plus souffrir que tes gestes : "je t'aime" !
De toute ma vie c'est la seule fois où tu m'a adressé ces quelques mots. Comment vivre avec l'idée que la seule fois que son père lui a dit je t'aime, il était dans son lit ?

Puis tu es parti toujours sans un son, juste tes sanglots. Me laissant moi et mes peluches, seuls témoins de ton crime.


Tu n'es plus jamais revenu, heureusement pour moi, mais ces quelques instants qui m'ont paru durer une éternite, ont tout détruits. Il a suffit de quelques minutes pour anéantir une famille entière et surtout pour me détruire.
Anéantie, accablée par un secret trop lourd à porter, une vérité inavouable, je me suis mise à te haïr. Te haïr au point de souhaiter ta mort et de souhaiter la mienne...
Je me suis mise à me detester, au travers du regard de mépris que tu me jetais.
Me détestais-tu parce que j'étais la preuve vivante de ta monstruosité ?


Depuis plus de 10 ans je vis maintenant avec Ton secret.
Secret qui m'a gaché l'existence pendant plus de 8 ans, une blessure silencieuse que je trainais comme un boulet.
Mais malheureusement pour toi j'ai grandi et je suis devenue plus forte. J'arrive à te regarder sans avoir peur et sans me rabaisser.
Je me suis reconstruite mais SANS toi.
J'arrive à vivre avec l'inavouable
Aujourd'hui tu veux refaire partie de ma vie, retrouver un semblant de ton rôle de père que tu as déserté, oublier le passé, mais peut-on tout pardonner ?
Je n'ai même plus de haine envers toi, et encore moins de l'amour, peut être un peu de pitié.
Pitié pour cette homme qui fut mon père et que je laisse à ses démons, muré dans Mon silence, condamné à Mon indifférence.


Je n'ai pas fait cet article pour me faire plaindre ! Cela n'etait pas mon but. Je voulais juste dire aux personnes qui sont peut être dans la même situation que moi il y a quelques années, qu'il est possible de vivre avec, que l'on peut se reconstruire et que tout n'est pas perdu !
Que le temps si il n'arrive pas à effacer certaines blessures il les atténuent. Bien sûr, les choses ne sont pas forcement faciles et l'on garde cela comme un fardeau, une honte (j'ai mis du temps avant d'oser publier ce texte).

On ne peut pas oublier une telle blessure mais on peut vivre avec !
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Publié le 24 avril 2007
Modifié le 24 avril 2007
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