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Au chômage ? Bosse fainéant !

Chômeurs, arrêtez de retourner votre CV dans tous les sens en cherchant ce qui cloche. Ils n'ont pas besoin de vous ! Résumé d'un problème créé et entretenu par et pour... Toujours les mêmes.


De victime d'un fait de société, il passe rapidement coupable. Ce chômeur, qui vit aux crochets de ceux qui travaillent et ne rapporte rien à la société. Mais ce qui dérange probablement le plus chez un chômeur, c'est qu'il renvoie à tous l'image de l'échec de toute la société.

Tandis que d'habiles manipulations statistiques ont permis au chômage de baisser, je me suis autorisé un petit topo sur la situation dans notre pays, non pas telle qu'elle est souhaitée ou imaginée, mais telle qu'elle est vécue par les premiers concernés, qui sont paradoxalement ceux qu'on entend le moins.

Les chômeurs sont les malheureuses victimes d'un paradoxe ubuesque : notre société reste fondée sur le travail, alors qu'elle en offre de moins en moins. Ceux qui, chaque jour plus nombreux, restent sur le banc de touche, on préfère ne pas les voir.


Au royaume du chômage, le recruteur est roi

Dans un climat désespérément stable de chômage massif, les responsables d'entreprises sont assaillis de telles quantités de candidatures, que les recrutements deviennent des opérations de tri. Après la lutte des classes, la lutte des places !

La raison immédiate à l'exclusion de l'emploi de millions d'individus qualifiés et compétents est bien là : il n'y a, de toute évidence, plus assez d'emplois en France. Du coup, l'offre de main d'œuvre excédent la demande, tout est prétexte à disqualifier les candidats : l'âge, le sexe, la race, le poids, le signe astral. On pourrait aussi bien trier les candidats en fonction de leurs scores au scrabble, au lancer de fléchettes ou à la course en sac. Ce serait ni plus irrationnel, ni moins moral.

Que les chômeurs arrêtent de s'arracher les cheveux et retourner leur CV dans tous les sens. Ce ne sont pas leurs compétences qui sont en cause, ils sont tout simplement de trop !

Les jeunes
Si l'on a pas les relations pour être pistonnés, la galère commence souvent dès la sortie des études, quel que soit le niveau atteint. Trop peu qualifiés, voire déscolarisés, mais aussi diplômés bac+5 "sans expérience" suffisamment consistante, les jeunes restent parmi les premières victimes du chômage, avec des conséquences dramatiques pour leur insertion dans la société. Beaucoup n'ont aucun revenu, les moins de 25 ans étant exclus du RMI. Jusqu'à tard, ils sont condamnés à rester chez leurs parents. Pour ceux qui peuvent.

Ses parents, ses aînés, lui ont pourtant souvent répété : pour avoir plus tard un bon boulot, il faut des diplômes. Sauf que le diplôme n'est plus une garantie pour trouver un emploi. On m'aurait donc menti ? L'absence de connaissance du monde de l'entreprise est l'obstacle principal face au recruteur. Et sans première chance dans l'entreprise, pas d'expérience. Mais l'histoire du serpent qui se mord la queue n'a jamais été la préoccupation des employeurs outre mesure. Curieusement, lorsqu'ils ont besoin de stagiaires sous-payés et exploités, ils savent où les trouver.

Et les moins jeunes
A l'autre bout de la pyramide d'âge, les plus de 50 ans débarqués pour une raison ou une autre ont toutes les peines du monde à retrouver un emploi. Comment poursuivre une activité salariée jusqu'à l'âge de la retraite, repoussé à 65 ans ?

Les évolutions de la loi, qui depuis des années permettent de faciliter l'embauche des seniors, sont totalement ignorées par les recruteurs, qui persistent à évaluer le coût du recrutement d'un salarié en intégrant le coût de... Son futur licenciement !

Derrière ces chômeurs, il y a souvent des familles. Pour chacun, c'est le désarroi de ne rien pouvoir pour les siens, principalement les enfants. Il devient impossible de les aider, alors qu'eux aussi sont confrontés à un marché du travail qui les rejette.

Pour ceux qui ont réussi à amasser suffisamment d'argent, il y a l'expatriation. S'il semble ne pas exister de mesure statistique, il est certain qu'elle va constituer une solution pour un nombre croissant d'individus et de familles. Une perspective peu engageante en pertes de compétences et de cotisations sociales !


Priorité à la lutte contre... Les chômeurs

Du côté de nos dirigeants et de nos élus, on a décidé de prendre les choses en main. Mais des effets d'annonce aux réalités, on oubliera juste que les promesses électorales n'engagent que ceux qui les reçoivent.

Il y a certes eu récemment tout un train de mesures, qui s'en sont pris essentiellement... Aux chômeurs. Au programme des réjouissances de l'ANPE : entretiens fréquents sans aucune proposition d'emploi à la clé, radiations pour absence à des stages bidon, formations sans rapport avec le projet du chômeur, refus de financement de formations réellement utiles, chantage pour accepter n'importe quel petit boulot sous-payé et ingrat alors qu'on est diplômé, propos vexatoires, et aussi pressions sur les agents de l'Anpe et des Assédics.

Et depuis quelques temps, une traque systématique de la fraude, chaque chômeur étant assez peu discrètement soupçonné de toucher indûment ses indemnités. La demande de l'immense majorité des chômeurs est, contrairement à ce certains essaient de faire croire, de retrouver du travail, et non pas de frauder. A ce propos, que dire de ceux qui sont contraints de contourner la loi par nécessité, c'est-à-dire pouvoir continuer à manger à leur faim et ne pas dormir dehors ?

S'il y a environ 5 millions de chômeurs en France, c'est parce qu'il y a 5 millions d'emplois qui n'existent pas. Ce n'est pas en culpabilisant et harcelant les chômeurs dans le seul but de rechercher un emploi qui n'existe pas que le gouvernement résoudra quoi que ce soit.


L'impact psychologique

Il faut se rendre à l'évidence, nous vivons dans une société où nous existons essentiellement au travers de notre travail. Avoir une bonne situation, expression qui pourtant transpire l'immobilisme et, au fond, l'égoïsme, reste la panacée. Je travaille donc je suis.

L'époque faste de notre économie a introduit des impératifs de performance, de réussite individuelle et de réalisation personnelle, être bon dans son travail et dans sa vie. Cette idéologie de l'excellence suscite chez ceux qui n'y arrivent pas une forme de culpabilité liée à la sensation de ne pas être à la hauteur. Tel l'enfant qui ne supporte pas d'être différent des autres, l'adulte privé d'emploi a tendance à souffrir de sa non-conformité au groupe.

Que le phénomène tende à se massifier devrait normalement réduire la culpabilité individuelle. Ainsi le chômeur pourrait-il penser "je ne suis pas seul, nous sommes plusieurs millions, sans doute est-ce davantage la faute de la société que la mienne. "

Pourtant, les chômeurs vivent en majorité cette situation comme un échec individuel. Cela tient avant tout dans la façon dont ils sont perçus dans la société, qui a tendance à renvoyer la responsabilité du chômage au chômeur lui-même. S'il ne trouve pas d'emploi, c'est qu'il n'est pas assez motivé, pas suffisamment qualifié, pas ceci ou trop cela.

Les réflexions blessantes sont le lot quotidien de la plupart des chômeurs : "Mon pauvre t'es encore au chômage ? T'as toujours pas trouvé de job ? T'es sûr que t'as bien cherché ? "
La plupart du temps les auteurs de ces réflexions n'ont aucune intention de nuire, et n'en mesurent pas la portée. Pourtant, à chaque fois qu'elles sont prononcées, c'est un peu de la confiance et de l'estime de soi, et finalement de la dignité de l'individu, qui s'en va.

C'est l'anxiété face au quotidien, fait de précarité pour soi et sa famille. Comment tenir jusqu'à la fin du mois ? Pourra t-on continuer à payer la maison ou le loyer ? Quels moyens de subsistance mettre en place ? Le chômage déclenche des catastrophes financières, familiales et sociales.

Ou comment briser des millions d'individus, lentement, en produisant un maximum de souffrances psychiques. Mon activité me fait côtoyer au quotidien des gens qui vivent telle situation, je n'invente rien. A croire que ceux qui nous gouvernent fabriquent de l'énergie avec le malheur.


Petite explication politico-financière

La France ne travaillerait pas assez ? Les salariés commencent à travailler trop tard et quittent l'emploi trop tôt. En clair : l'entreprise pénalise l'économie en cantonnant les actifs dans le sous-emploi. Tout se passe comme si les employeurs se défaussaient sur la société, en lui laissant le soin de s'acquitter d'une mendicité obligatoire à ceux qu'ils laissent pour compte.

"Les entreprises font énormément de profits, ce qui n'est pas condamnable en soi, mais leur répartition pose problème : une partie va vers le désendettement, la plus grande part vers les actionnaires. Il y a très peu pour l'investissement et les salariés, ce qui n'est pas bon pour la croissance, le pouvoir d'achat et l'emploi. " Alain Olive, secrétaire général de l'UNSA.

De tous temps, le capital a généré du capital, mais aussi du travail. Nous voici aujourd'hui entraînés dans une société où le capital ne produit que du capital, en ne passant qu'accessoirement par la production. Les échanges de biens et de services passent au second plan, supplantés par une bulle financière dominée par le paraître, les idées reçues, les rumeurs, en un mot la virtualité la plus complète. Le quotidien des millions de gens privés d'emploi est, lui, bien réel.

Les patrons le savent, le chômage leur est favorable, puisque selon des analystes financiers, le plein emploi met les travailleurs en position de force dans les luttes qui les opposent aux patrons. La peur de perdre son emploi et de ne pas pouvoir en retrouver un autre est un bon moyen pour les patrons d'obtenir la soumission de leurs employés.

Le travail est l'ultime bastion de résistance : pour lui, on supporte jusqu'à saturation tellement on a peur de le perdre. Ainsi disait Pierre Bourdieu : "L'institution pratique d'un monde darwinien de la lutte de tous contre tous ne pourrait sans doute pas réussir aussi complètement si elle ne trouvait la complicité des dispositions précarisées que produit l'insécurité et l'existence d'une armée de réserve de main d'œuvre docilisée par la précarité et la menace permanente du chômage. "

Trop intellectuelle comme phrase ? Allez, on va faire plus simple. Un conseiller d'Alain Juppé déclare, en 1996 : "Dans la conjoncture actuelle, il n'y a que la pression du chômage qui évite une embardée sociale. Une amélioration sur le terrain de l'emploi entraînerait fatalement une pression salariale que le pays ne peut se payer". Voilà qui est clair pour tout le monde je pense ?

Vous ne saviez pas pour qui voter aux prochaines élections ? Ne vous prenez plus la tête, ça ne changera rien : ils ont tous leurs actions dans les mêmes groupes financiers !


Le temps de la réflexion

Ainsi est-il inconcevable à certains qu'un chômeur puisse avoir des loisirs, et même s'investir dans la vie associative, fut-elle d'utilité publique, en somme qu'il ait une vie sociale comme tout le monde. Son temps doit être dédié exclusivement à la recherche d'un emploi ! C'est là la seule activité réellement reconnue.

Chômeurs, je vous invite sincèrement à regarder en vous ce qui se passe, à ne pas vous mépriser parce-que vous ne travaillez pas. Si vous avez une période pendant laquelle vous ne rencontrez pas grand monde, profitez-en pour méditer sur vous-même pour porter un autre regard à la vie.

C'est précisément ce que la France d'en haut ne veut pas vous voir faire, tellement elle n'en supporte pas l'idée : nous voir penser. Avec tous les efforts qu'ils font pour nous y maintenir, avec force d'éducation et de médias, il doit bien y avoir une raison. Une personne qui passe le clair de son temps à travailler n'a pas le temps de se poser des questions. Car un esclave qui se met à penser ne va pas tarder à se rebeller. Alors va donc travailler, au lieu de bavasser sur internet à lire des articles subversifs !

De l'utilité de l'entreprise
On pourrait se demander pourquoi les entreprises se privent de compétences éprouvées et de fructueuses capacités. Elles ont en effet tout autant besoin de l'expérience des seniors que de la fougue des plus jeunes (à supposer que les seniors manquent de fougue).

C'est la que se situe, à mon avis, le malentendu originel. L'entrepreneur qui créé sa société ne le fait pas pour créer des emplois, encore moins distribuer des richesses. Il le fait pour jouir des bénéfices de sa création, le plus exclusivement possible. Il ne fait appel à une main d'œuvre salariée qu'au besoin, besoin qu'il est de son intérêt de chercher continuellement à minimiser. Et quand on sait qu'en hauts lieux, les plus grands entrepreneurs se donnent la main... L'entreprise, créatrice de richesses ? Oui, mais pour qui ?

Ainsi, si l'entreprise peut se passer de nous, peut-être pouvons-nous œuvrer sans elle ? Toujours est-il, un nombre croissant de travailleurs prend le large vers des horizons plus heureux. Selon une observation de l'APEC, depuis quelques années, les cadres d'une quarantaine d'années sont de plus en plus nombreux à se tourner vers l'artisanat. Leurs motivations ? Volonté d'indépendance, envie de donner la priorité à un épanouissement personnel plutôt qu'à une forte rémunération. A méditer.

Au fond, qui est le mieux à même de créer les 5 millions d'emplois inexistants, sinon les 5 millions de chômeurs eux-mêmes ? Pourquoi l'ANPE fait tout pour isoler les chômeurs au lieu de les réunir ?

Ce texte, n'en déplaise, se veut d'abord un constat, qui ouvre sur une question de société. Le ton est provocateur, oui. Au sens premier du terme, c'est à dire celui de provoquer une réaction, un débat. Sur un sujet aussi grave, c'est bien le moins que l'on puisse faire.
1
L'auteur : Erwann Le tenneur
39 ans, France.
Publié le 22 janvier 2006
Modifié le 11 février 2006
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