Ben Lamm, fondateur et PDG de Colossal Biosciences, s'exprimant au festival SXSW London en juin 2025.
Sciences

Colossal Biosciences en négociations pour lever des fonds à 20-30 milliards de dollars

Colossal Biosciences, startup promettant de ressusciter le mammouth laineux, négocierait une valorisation entre 20 et 30 milliards de dollars sans avoir généré de revenus significatifs.

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La startup texane Colossal Biosciences, qui promet de ressusciter le mammouth laineux d’ici 2028, serait en négociations avancées pour lever de nouveaux capitaux à une valorisation comprise entre 20 et 30 milliards de dollars, selon une information d’Axios publiée ce 20 juillet 2026. Ce chiffre vertigineux intervient alors que l’entreprise n’a encore généré aucun revenu significatif et que son produit phare — un veau mammouth hybride — n’est pas attendu avant deux ans. Comment une société de biotechnologie sans chiffre d’affaires peut-elle valoir deux à trois fois plus que des géants industriels centenaires ? La réponse tient dans un savant mélange de prouesses techniques, de storytelling financier et de promesses technologiques qui transcendent largement la simple quête de la désextinction.

Ben Lamm, fondateur et PDG de Colossal Biosciences, s'exprimant au festival SXSW London en juin 2025.
Ben Lamm, fondateur et PDG de Colossal Biosciences, s'exprimant au festival SXSW London en juin 2025. — Duk3L1xon / CC BY-SA 4.0 / (source)

« 20 à 30 milliards de dollars sans un seul mammouth » : comment Colossal justifie l’injustifiable

À première vue, le paradoxe est saisissant. Colossal Biosciences, fondée en 2021 par l’entrepreneur Ben Lamm et le généticien de Harvard George Church, n’a jamais vendu un seul produit fini. Ses projets les plus avancés — le loup sinistre, la souris laineuse — sont des preuves de concept, pas des marchandises. Pourtant, l’entreprise négocierait aujourd’hui une levée de fonds qui la placerait dans une catégorie réservée aux géants de la tech : celle des « decacorns » les mieux valorisés au monde.

La mécanique d’une valorisation fulgurante

Le parcours financier de Colossal donne le vertige. En janvier 2025, l’entreprise bouclait une série C de 200 millions de dollars menée par TWG Global — le véhicule d’investissement de Mark Walter (Guggenheim Partners) et Thomas Tull (Legendary Entertainment) — qui valorisait la société à 10,2 milliards de dollars. Neuf mois plus tard, en septembre 2025, une extension de 120 millions de dollars portait la valorisation à 10,3 milliards, avec l’entrée au capital du réalisateur Peter Jackson et du fonds US Innovative Technology Fund. Au total, Colossal a levé plus de 555 millions de dollars en cinq ans.

Assemblage d'un modèle de mammouth laineux dans un musée, en lien avec l'intérêt pour la désextinction.
Assemblage d'un modèle de mammouth laineux dans un musée, en lien avec l'intérêt pour la désextinction. — (source)

Aujourd’hui, selon les informations d’Axios, Colossal chercherait à doubler cette valorisation en moins de 18 mois. Une progression qui interroge : qu’est-ce qui a changé entre septembre 2025 et juillet 2026 pour justifier un bond de 10 à 30 milliards de dollars ? La réponse tient en trois lettres : CRISPR, IA et utérus artificiels.

Le discours rodé de Ben Lamm face aux investisseurs

Ben Lamm, le PDG, ne s’en cache pas. Dans une interview accordée à TechCrunch en janvier 2025, il expliquait que la valorisation de Colossal ne repose pas sur la vente de mammouths, mais sur « la vitesse de création de nouvelles technologies ». Autrement dit, les investisseurs ne parient pas sur un zoo préhistorique : ils misent sur une plateforme de R&D génétique capable de produire des innovations applicables bien au-delà de la désextinction.

Équipe de Colossal Biosciences posant devant une peinture de dodo, autre espèce ciblée par la désextinction.
Équipe de Colossal Biosciences posant devant une peinture de dodo, autre espèce ciblée par la désextinction. — (source)

Cette stratégie de communication a porté ses fruits. En déplaçant l’argumentaire de la désextinction vers la R&D génétique appliquée, Colossal s’est positionnée sur le même terrain que des géants comme Moderna ou Illumina — des entreprises qui valent des dizaines de milliards sans avoir jamais vendu un seul animal de compagnie. Le récit vendu aux investisseurs est celui d’une entreprise qui, pour ressusciter le mammouth, a développé des technologies dont le marché potentiel dépasse de loin celui de la conservation.

Un tour de table éclectique entre financiers et célébrités

Le tour de table de Colossal est un mélange étonnant de poids lourds de la finance et de célébrités. On y trouve TWG Global, Robert Nelsen (cofondateur d’ARCH Venture Partners), Breyer Capital, mais aussi le réalisateur Peter Jackson et la star de télé-réalité Paris Hilton. Le conseil scientifique de l’entreprise comprend plus de 95 experts, et Colossal sponsorise plus de 40 post-doctorants dans le monde.

Les financiers aguerris comme Nelsen — qui a investi dans Illumina, Juno Therapeutics et Moderna — voient dans Colossal un pari sur la biologie de synthèse, un secteur que Goldman Sachs estime à 2000 milliards de dollars d’ici 2030. Les célébrités, elles, apportent une visibilité médiatique qui alimente le cycle vertueux de la levée de fonds. Mais cette cohabitation pose question : le marché est-il en train de créer une bulle spéculative portée par le star-power plutôt que par des fondamentaux économiques solides ?

Souris laineuses, loup sinistre et utérus artificiels : ce que Colossal a vraiment fabriqué

Pour comprendre la valorisation de Colossal, il faut regarder au-delà des promesses et examiner les réalisations concrètes. L’entreprise a livré plusieurs preuves de concept qui, bien que modestes comparées à l’objectif final du mammouth, démontrent une capacité technique réelle.

Romulus, Rémus et Khaleesi : les trois louveteaux qui ont fait taire les critiques

En avril 2025, Colossal annonçait la naissance de trois louveteaux génétiquement modifiés : Romulus, Rémus et Khaleesi. Présentés comme des « loups sinistres » — l’espèce éteinte popularisée par Game of Thrones — ces animaux sont en réalité des loups gris porteurs de 14 gènes modifiés sur 20 traits ciblés, extraits d’ADN ancien provenant de dents vieilles de 13 000 ans et d’osselets de 72 000 ans.

Loup blanc dans son habitat naturel, espèce apparentée aux projets de Colossal Biosciences.
Loup blanc dans son habitat naturel, espèce apparentée aux projets de Colossal Biosciences. — (source)

Les mères porteuses étaient des chiens de race, et les scientifiques de Colossal ont confirmé qu’il s’agissait bien de loups gris fortement modifiés, pas d’une nouvelle espèce. « Il n’y a aucune chance que le loup sinistre ait jamais ressemblé à ça », admettaient en privé les chercheurs conseillant l’entreprise. Mais médiatiquement, le coup était parfait : les images des louveteaux ont fait le tour du monde, et la valorisation de Colossal a grimpé.

Du poil de souris à l’éléphant hybride : les promesses techniques d’ici 2028

En mars 2025, Colossal avait déjà créé des « souris laineuses » en éditant les gènes responsables de la texture, de la longueur et de la densité des poils avec de l’ADN de mammouth. Cette preuve de concept validait la possibilité de transférer des traits phénotypiques d’une espèce disparue vers une espèce vivante.

Soins à un nouveau-né animal, évoquant le travail de soins aux espèces menacées ou ressuscitées par Colossal Biosciences.
Soins à un nouveau-né animal, évoquant le travail de soins aux espèces menacées ou ressuscitées par Colossal Biosciences. — (source)

Le calendrier officiel de l’entreprise prévoit la naissance d’un veau mammouth hybride via une éléphante porteuse d’ici 2028. Le génome complet du mammouth laineux et celui du thylacine (tigre de Tasmanie) sont déjà séquencés. L’étape actuelle consiste à éditer par CRISPR les cellules d’éléphant d’Asie pour y intégrer les gènes du mammouth. C’est un travail de titan : 60 gènes sont ciblés, contre 14 pour le loup sinistre. Les utérus artificiels sont en développement pour les générations futures de mammouths.

La face cachée de la R&D : CRISPR, IA et spin-offs prometteuses

La véritable valeur de Colossal ne réside pas dans ses animaux modifiés, mais dans les technologies développées en parallèle. L’entreprise a déjà créé plusieurs spin-offs :

  • Form Bio : une plateforme de biologie computationnelle qui a levé plus de 30 millions de dollars. Elle utilise l’intelligence artificielle pour accélérer la conception et l’analyse des modifications génétiques.
  • Breaking : une société spécialisée dans la dégradation du plastique par des enzymes, qui a levé 10,5 millions de dollars.
  • Les utérus artificiels : en développement pour les générations futures de mammouths, cette technologie a des applications potentielles dans la fertilité humaine et la médecine régénérative.

C’est ici que se trouve la véritable thèse d’investissement. Colossal agit comme un incubateur de biotech, et ses brevets sur les outils CRISPR, l’IA génétique et les dispositifs de gestation artificielle pourraient valoir des milliards, indépendamment du succès ou de l’échec de la désextinction.

« Un éléphant maquillé » : les doutes profonds de la communauté scientifique

Le récit optimiste de Colossal se heurte à une réalité scientifique plus nuancée. La communauté des paléogénéticiens et des biologistes de la conservation est profondément divisée sur la légitimité et la faisabilité du projet.

Le mammouth 2.0 ne sera jamais un vrai mammouth

Hervé Bocherens, professeur de biogéologie à l’Université de Thuringe et spécialiste reconnu du mammouth, oscille entre enthousiasme technologique et scepticisme sur la faisabilité. Dans une interview à Inf'OGM, il confirme que le « mammouth 2.0 » ne sera pas un vrai mammouth, mais « un éléphant asiatique génétiquement modifié avec quelques traits de mammouth ».

Le problème est fondamental : le génome du mammouth compte environ 4 milliards de paires de bases. Modifier 60 gènes — même les plus importants — ne recréera jamais l’ensemble des adaptations physiologiques, comportementales et écologiques qui faisaient du mammouth une espèce unique. Les scientifiques proches de Colossal l’admettent en privé : le « loup sinistre » n’est qu’un loup gris maquillé, et le « mammouth » ne sera qu’un éléphant déguisé.

L’argument climatique passé au crible

L’un des arguments marketing les plus forts de Colossal est l’impact climatique de ses mammouths. L’idée : en remplaçant les forêts de la toundra sibérienne par des prairies steppiques, les mammouths modifieraient l’albédo de la région et compactraient la neige pour éviter la fonte du permafrost.

Cette théorie est contestée. L’expérience du Pléistocène Park, menée en Russie depuis 1996 avec des chevaux, des bisons et des élans, n’a pas démontré d’impact significatif sur le permafrost à grande échelle. Les critiques soulignent que l’argent investi dans la désextinction — potentiellement 30 milliards de dollars — serait plus efficacement utilisé dans la reforestation, la conservation des habitats existants ou la réduction des émissions de carbone.

Les zones d’ombre éthiques du projet

L’enquête d’Inf’OGM et de Généthique a mis en lumière des connexions troublantes. Le projet Colossal intéresserait la CIA, et ses ambitions flirtent avec le transhumanisme. L’élargissement récent des cibles — du mammouth au dodo, puis au thylacine, et désormais à l’antilope bleue — suggère une logique d’expansion sans limite.

Les questions éthiques sont nombreuses : a-t-on le droit de modifier génétiquement des espèces vivantes pour recréer des versions « améliorées » d’espèces disparues ? Quel sera le statut juridique de ces animaux hybrides ? Et surtout, qui décide des espèces à ressusciter, et selon quels critères ?

Licornes sans chiffre d’affaires : les trois revenus cachés de Colossal

La question centrale pour tout investisseur est simple : comment Colossal gagne-t-elle de l’argent ? La réponse, selon Ben Lamm, repose sur trois piliers.

Licences technologiques et spin-offs

La première source de revenus est la commercialisation des technologies développées en interne. Form Bio, la plateforme de biologie computationnelle, et Breaking, spécialisée dans la dégradation du plastique, ont déjà levé plus de 40 millions de dollars à elles deux. Colossal conserve des participations majoritaires dans ces spin-offs et perçoit des redevances sur les licences.

Les outils CRISPR développés par l’équipe de George Church sont également brevetés et pourraient être concédés sous licence à des laboratoires académiques et à des entreprises pharmaceutiques. Le marché des outils d’édition génétique est estimé à 10 milliards de dollars d’ici 2030.

Crédits biodiversité : le nouvel or vert

Colossal mise également sur un marché émergent : les « biodiversity credits », calqués sur le modèle des crédits carbone. L’idée est que les entreprises et les gouvernements paieront pour la restauration d’espèces et d’écosystèmes, et que les mammouths de Colossal pourraient être utilisés comme « ambassadeurs » de ces programmes.

Le concept est séduisant, mais il repose sur une régulation qui n’existe pas encore. Les marchés volontaires de crédits biodiversité en sont à leurs balbutiements, et leur efficacité est contestée. Comme pour les crédits carbone, le risque de greenwashing est élevé.

Contrats gouvernementaux pour la conservation

Colossal a déjà signé des collaborations avec plusieurs gouvernements pour appliquer ses technologies à la conservation d’espèces menacées. L’idée est d’utiliser les outils d’édition génétique pour renforcer la résilience d’espèces en danger, plutôt que de ressusciter des espèces disparues.

Ces contrats représentent une source de revenus potentiellement stable et prévisible. Mais ils posent une question économique fondamentale : les contribuables doivent-ils financer des technologies dont les bénéfices sont incertains et dont les risques éthiques sont élevés ?

Revive & Restore et Pléistocène Park : la concurrence silencieuse

Colossal n’est pas seule sur ce marché. Plusieurs projets concurrents travaillent à la désextinction avec des approches très différentes.

George Church, le généticien aux deux casquettes

Avant de cofonder Colossal, George Church était impliqué dans Revive & Restore, un projet académique de désextinction du pigeon voyageur. La scission entre les deux entités illustre un clivage fondamental : d’un côté, une approche académique, lente et prudente ; de l’autre, une approche startup, rapide et agressive.

Les technologies exclusives à Colossal — notamment ses outils CRISPR avancés et ses algorithmes d’IA — pourraient lui donner un avantage décisif. Mais Revive & Restore bénéficie d’une crédibilité scientifique que Colossal n’a pas encore acquise.

Pléistocène Park : le laboratoire russe low-tech

Le Pléistocène Park, en Sibérie, est un projet bien moins financé — environ 50 millions de dollars — mais qui travaille sur l’écosystème réel. Plutôt que de modifier génétiquement des animaux, il cherche à restaurer la prairie steppique en introduisant des espèces existantes (chevaux, bisons, élans) qui remplissent des fonctions écologiques similaires à celles de la mégafaune disparue.

L’approche est low-tech, mais elle a l’avantage d’être réalisable et de produire des résultats mesurables. En comparaison, Colossal mise tout sur une technologie high-tech dont la faisabilité est encore incertaine.

Le fossé financier entre académiques et startups

Pourquoi les projets universitaires de désextinction ne lèveront-ils jamais 20 milliards de dollars ? La réponse tient dans le coût du capital, le risque réglementaire et la difficulté de passer de la preuve de concept au « produit vivant ».

Les académiques travaillent avec des budgets de quelques millions de dollars, sur des horizons de 10 à 20 ans. Colossal, elle, a levé plus de 555 millions de dollars en cinq ans et promet des résultats en 2028. Ce décalage justifie en partie le statut de « decacorn » de l’entreprise — même si les critiques persistent sur la viabilité de son modèle.

Et la France dans tout ça ? Recherche, régulation et talents sous pression

La France et l’Europe ne sont pas en reste dans ce débat. Les chercheurs français oscillent entre fascination et mise en garde, tandis que les régulateurs s’interrogent sur la nécessité d’encadrer ces technologies.

Les chercheurs du CNRS et de l’INRAE partagés

Les scientifiques du CNRS et de l’INRAE suivent de près les travaux de Colossal. Leur position est nuancée : ils reconnaissent l’intérêt des retombées technologiques — notamment les utérus artificiels et l’édition génétique appliquée à la conservation — mais restent sceptiques sur le calendrier annoncé.

« Un veau mammouth hybride d’ici 2028, c’est techniquement possible, mais ce ne sera pas un mammouth », résume un chercheur de l’INRAE spécialiste de l’édition génétique. « Ce sera un éléphant asiatique avec une fourrure épaisse et de la graisse sous-cutanée. La question est : est-ce que ça vaut 30 milliards de dollars ? »

Pourquoi le projet mammouth est impossible en Europe

Loup blanc photographié en studio, illustrant les espèces étudiées par Colossal Biosciences.
Loup blanc photographié en studio, illustrant les espèces étudiées par Colossal Biosciences. — (source)

Les lois françaises de bioéthique interdisent les modifications germinales à visée non thérapeutique. Autrement dit, il est impossible de créer en France un animal génétiquement modifié dont les modifications seraient transmises à sa descendance — ce qui est exactement ce que fait Colossal.

Cette différence réglementaire donne à Colossal un avantage compétitif majeur. Les États-Unis, où la régulation est plus souple, attirent les talents et les capitaux. L’Europe, avec ses principes de précaution, risque de se retrouver à la traîne dans un secteur stratégique.

La fuite des cerveaux vers le Texas

Colossal sponsorise plus de 40 post-doctorants dans le monde, dont plusieurs dans des universités françaises. Les salaires proposés — souvent le double de ce que gagne un chercheur académique en France — attirent les jeunes talents.

La question se pose : faut-il voir dans cette fuite des cerveaux une menace pour la recherche française, ou une opportunité pour former une génération de biologistes capables de travailler sur des technologies de pointe ? La réponse dépendra de la capacité de l’Europe à créer un cadre réglementaire qui permette à ses chercheurs de participer à cette révolution sans renoncer à ses principes éthiques.

Bulle spéculative ou révolution conservatoire : ce que la valorisation de 30 milliards dit de notre époque

Alors que Colossal négocie une valorisation de 20 à 30 milliards de dollars, une question centrale demeure : cette somme correspond-elle à une allocation efficace du capital dans la lutte contre l’effondrement du vivant, ou à un pari spéculatif sur une technologie de spectacle ?

Les arguments en faveur de Colossal sont réels. Les retombées technologiques — outils CRISPR, IA génétique, utérus artificiels — pourraient justifier une partie de la valorisation, même si la désextinction échoue. L’entreprise agit comme un accélérateur de R&D dans un secteur où les investissements publics sont insuffisants.

Mais les doutes persistent. 30 milliards de dollars, c’est plus que le budget annuel de la NASA pour la science. C’est l’équivalent de ce que les pays développés dépensent en un an pour la conservation de la biodiversité. L’argent investi dans Colossal pourrait-il être plus efficace ailleurs — dans la reforestation, la protection des habitats, la réduction des émissions ?

La réponse n’est pas simple. Colossal est à la fois le « Tesla de la biologie de synthèse » et le « Theranos de la conservation » — un pari technologique dont le succès dépendra de la capacité de l’entreprise à transformer ses promesses en produits concrets. Le marché tranchera, mais les régulateurs européens et français doivent dès maintenant décider s’ils subissent ou encadrent cette disruption.

Conclusion

Une chose est sûre : que le mammouth revive ou non, Colossal a déjà changé notre façon de penser la conservation, la biologie et la frontière entre la science et la science-fiction. L’entreprise a démontré qu’il était possible de lever des milliards de dollars sur la promesse de ressusciter des espèces disparues, créant un précédent qui influencera durablement le secteur de la biotech.

Le pari de Colossal repose sur une alchimie fragile entre prouesses techniques réelles, storytelling financier habile et promesses technologiques encore non tenues. Les investisseurs misent sur un avenir où la biologie de synthèse deviendra aussi banale que l’informatique l’est aujourd’hui. Mais cet avenir n’est pas garanti.

Les prochains mois seront décisifs. Si Colossal parvient à produire son veau mammouth hybride d’ici 2028, la valorisation de 30 milliards de dollars pourrait sembler modeste rétrospectivement. Si le projet échoue, l’entreprise rejoindra la liste des startups surfant sur une hype démesurée. Dans les deux cas, l’histoire de Colossal restera comme un témoignage fascinant de notre époque, où la frontière entre ambition scientifique et pari spéculatif n’a jamais été aussi mince.

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Questions fréquentes

Pourquoi Colossal Biosciences vaut 30 milliards sans revenus ?

La startup texane est valorisée entre 20 et 30 milliards de dollars bien qu'elle n'ait pas généré de revenus significatifs. Son PDG Ben Lamm justifie cette valorisation par la vitesse de création de nouvelles technologies génétiques, notamment CRISPR, l'IA et les utérus artificiels, qui dépassent la simple désextinction du mammouth.

Quels animaux Colossal Biosciences a-t-elle créés ?

En mars 2025, Colossal a créé des souris laineuses en éditant des gènes avec de l'ADN de mammouth. En avril 2025, l'entreprise a annoncé la naissance de trois louveteaux génétiquement modifiés, Romulus, Rémus et Khaleesi, présentés comme des loups sinistres mais qui sont en réalité des loups gris porteurs de 14 gènes modifiés.

Le mammouth de Colossal sera-t-il un vrai mammouth ?

Non, selon le professeur Hervé Bocherens, le mammouth 2.0 ne sera qu'un éléphant asiatique génétiquement modifié avec quelques traits de mammouth. Modifier 60 gènes sur 4 milliards de paires de bases ne recréera pas l'ensemble des adaptations physiologiques et écologiques uniques de l'espèce disparue.

Comment Colossal Biosciences gagne-t-elle de l'argent ?

Colossal a trois sources de revenus potentielles : les licences technologiques et spin-offs comme Form Bio et Breaking, les crédits biodiversité sur un marché émergent, et les contrats gouvernementaux pour la conservation d'espèces menacées. Ces revenus restent toutefois naissants et incertains.

Quelles sont les critiques éthiques contre Colossal ?

Les critiques portent sur la modification génétique d'espèces vivantes pour recréer des versions améliorées d'espèces disparues, le statut juridique incertain des hybrides, et les connexions troublantes avec la CIA et le transhumanisme. De plus, l'argent investi pourrait être plus utile pour la reforestation ou la réduction des émissions.

Sources

  1. Colossal Biosciences — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  2. axios.com · axios.com
  3. bloomberg.com · bloomberg.com
  4. colossal.com · colossal.com
  5. l'antilope bleue : les ambitions inépuisables de Colossal Biosciences · genethique.org
future-tech
Elise Foubot @future-tech

Je suis fascinée par tout ce qui n'existe pas encore. Ingénieure IA dans une startup parisienne, je passe mes journées à entraîner des modèles et mes soirées à lire des papers sur arXiv. Je suis l'intelligence artificielle depuis GPT-2, bien avant que ce soit mainstream. Optimiste technophile mais pas naïve : je sais que la tech peut tout améliorer comme tout casser. Mon job, c'est de faire pencher la balance du bon côté.

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